Lecture : Expulsions. Brutalité et complexité dans l’économie globale | Saskia Sassen

Le capitalisme contemporain est une grande centrifugeuse. Voilà ce qu’on pourrait retenir du nouvel essai de la sociologue américaine, professeur à Columbia, Saskia Sassen : d’abord le mouvement, ensuite la puissance, les deux aboutissant, avec une implacable brutalité, à des mécanismes d’expulsion. Cette dynamique de mise à l’écart, nous en sommes les témoins quotidiens : toujours plus de gens chassés de leur emploi, privés de leur logement ou de leurs droits aux services sociaux.
Que le capitalisme financier survive, et même s’épanouisse, dans ce contexte d’une gigantesque mise au rebut d’une partie de l’humanité, n’est pas en soi une idée nouvelle. Mais Expulsions se propose de dévoiler des logiques souterraines, de soulever les dynamiques, bref de mettre au jour un fonctionnement systématique.
Pour ce chantier, la cheville ouvrière est le concept d’« expulsion », qui permet à l’auteure de relier la situation des chômeurs radiés en Europe à celle des paysans expropriés par les achats de terre en Afrique, qui lui inspire des passerelles entre la prolétarisation des hommes et l’exploitation des ressources naturelles. Car à ce « stade avancé » du capitalisme, véritable rupture par rapport à la « période keynésienne » ou à celle de « l’Etat communiste », qui privilégiaient toutes deux l’insertion, une seule et même logique, complexe dans ses mécanismes internes mais tragiquement simple dans la brutalité qu’elle engendre, est à l’œuvre. Julie Clarini
Expulsions. Brutalité et complexité dans l’économie globale (Expulsions. Brutality and Complexity in the Global Economy), de Saskia Sassen, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Guglielmina, Gallimard, « NRF Essais », 384 p., 25 €.
Source : Le Monde des Livres

Numéro spécial de Vigousse en faveur de la liberté de la presse : participation de La Tour-de-Peilz


Stéphane Babey, gauche, rédacteur en chef de Vigousse, et Gérard Tschopp, droite, Président de Reporters sans frontieres Suisse, posent pour l’édition spéciale. [Cyril Zingaro – Keystone]
Pour marquer les 25 ans en 2016 de Reporters sans frontières (RSF) Suisse, le magazine satirique Vigousse sort un numéro spécial, encarté dans le Matin Dimanche du 10 janvier.
“Il s’agit d’un projet assez particulier, unique à notre connaissance, entre Vigousse et RSF”, a déclaré Gérard Tschopp, président de RSF Suisse vendredi devant la presse à Lausanne. Il débouche sur un numéro spécial de l’hebdomadaire satirique.
L’organisation crée à cette occasion un fonds de soutien aux journalistes en danger.
A noter que sollicitée, ainsi que d’autres communes, la Municipalité de La Tour-de-Peilz a décidé l’année passée d’apporter un soutien financier symbolique à ce numéro spécial.
Source : Numéro spécial de Vigousse en faveur de la liberté de la presse – rts.ch – Suisse

Revue de Presse : Comment le discours médiatique sur l'écologie est devenu une morale de classe | Bibliobs

On nous conseille d’éteindre les lumières mais pas de remiser les 4×4. On culpabilise les individus mais pas les entreprises. Entretien avec le sociologue Jean-Baptiste Comby.

«Au fond, politiser, ce serait montrer le lien entre le changement climatique et le capitalisme.
Comment faire face au changement climatique sans changer de modèle économique ? Pour «digérer» la crise écologique et faire croire qu’un «capitalisme vert» est possible, plusieurs logiques sont mobilisées : l’innovation technique, le recours au marché (par la création des droits à polluer) ou encore la militarisation de l’accès aux ressources naturelles. Dans mon livre, je m’intéresse plus particulièrement à une quatrième tendance, qui consiste à dépeindre la question environnementale comme un problème de morale individuelle.
Il reviendrait à chacun de nous de sauver la planète en changeant son comportement. Or c’est plutôt en imaginant et en luttant pour d’autres organisations sociales que nous rendrons possible l’adoption durable de styles de vie à la fois moins inégaux et plus respectueux des écosystèmes naturels.»

Comment le discours médiatique sur l’écologie est devenu une morale de classe – Bibliobs – L’Obs

À lire : Lesley J. Wood : Mater la meute. La militarisation de la gestion policière des manifestations


La restructuration néolibérale des institutions économiques et politiques entraîne une militarisation progressive des forces policières et de leurs tactiques de maintien de l’ordre. Surveillance, infiltration, brigades spéciales, armes sublétales, arrestations préventives… en Amérique du Nord comme en Europe, il semble que tous les moyens soient bons pour neutraliser la contestation sociale.
Refusant de céder au schématisme habituel qui fait des forces de l’ordre un simple instrument des élites politiques, la sociologue Lesley J. Wood revient sur l’histoire récente de la police nord-américaine pour mettre au jour les dynamiques complexes qui la traversent. S’appuyant sur des sources directes, ainsi que sur les travaux de Bourdieu, Boltanski, Wacquant, et d’autres, elle étudie l’influence croissante du secteur privé – multinationales et consultants en sécurité –, de l’armée et des grandes associations professionnelles sur les pratiques policières et leur diffusion. Car mieux comprendre les raisons de l’escalade de la violence dans les réponses policières, c’est se donner les moyens, collectivement, de mieux y résister.
Lire un extrait : Contretemps

Lecture : L'Allemagne, le nouveau problème de l'Europe

Pour Mediapart, l’intransigeance dogmatique et la brutalité inédite de l’Allemagne envers le gouvernement grec marquent une rupture historique dans le projet européen.

Le grand naufrage européen lié à la crise grecque a produit une révélation. Et cette révélation est largement due au premier ministre grec Alexis Tsipras comme à son ancien ministre des finances Yanis Varoufakis. En remettant, l’un et l’autre, des enjeux clairement politiques au cœur de la technocratie bruxelloise, en jouant la transparence et en brisant les scandaleux huis clos des réunions de l’Eurogroupe, les responsables grecs ont fait surgir au grand jour un inquiétant et nouveau problème : le cas allemand.
L’intransigeance obstinée de l’Allemagne tout au long de cette crise, son entêtement dogmatique à bouter hors de l’euro la Grèce sont désormais compréhensibles par tous. Là où quelques observateurs, experts et politiques en étaient persuadés de longue date, ce sont désormais toutes les opinions publiques européennes qui ont sous les yeux cette nouvelle Allemagne. C’est une donnée politique radicalement neuve. Fort de son statut de première puissance économique de la zone euro, l’Allemagne revendique désormais d’en fixer les règles du jeu et d’imposer, comme l’écrit Varoufakis, « son modèle d’Eurozone disciplinaire » (lire ici le texte de l’ancien ministre grec).

Le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem (de dos) et le Grec Yanis Varoufakis, en février à Athènes.
Le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem (de dos) et le Grec Yanis Varoufakis, en février à Athènes. © Reuters.

L’article : http://www.mediapart.fr/journal/international/120715/lallemagne-le-nouveau-probleme-de-leurope

Lecture : Question sur la dette grecque | Mediapart

Le poing d'Alexis Tsipras, après sa victoire aux élections à Athènes, le 25 janvier 2015. REUTERS/Giorgos Moutafis
Le poing d’Alexis Tsipras, après sa victoire aux élections à Athènes, le 25 janvier 2015. REUTERS/Giorgos Moutafis

Sur le blogs de Mediapart, un instructif article nous permet de mieux comprendre les tenants et aboutissant de la dette grecque.
Tout d’abord à la question d’où vient-elle, ce billet nous apprend que

«Quadruplant pendant la dictature des colonels entre 1967 et 1974, [la dette grecque] a continué à croître par la suite à cause de l’importance des dépenses militaires (4% du PIB, contre 2,4% en France) dont les entreprises européennes d’armement ont été les grandes bénéficiaires, des dépenses somptuaires, pour la plupart inutiles, des jeux olympiques de 2004, de la corruption généralisée des classes dirigeantes et de l’impossibilité de faire payer l’impôt aux plus riches, parmi lesquels l’Église orthodoxe et les armateurs.»

Sur la spirale infernale, aux mécanismes déjà connu concernant l’Amérique du Sud dans les années 1980-1990, qui permet aux instituts financiers de s’enrichir à bon compte tout en appauvrissant un pays et ses habitants :

«En 2009, avant même l’éclatement de la crise de la dette grecque, les banques se refinançaient auprès de la Banque centrale européenne (BCE) au taux de 1 % et prêtaient à la Grèce à 6 %, ce taux passant même à 12 % début 2010. Salué par la plupart des commentateurs, le retour de la Grèce sur les marchés financiers en avril 2014 s’est traduit par un emprunt à un taux de 4,75 % alors que le taux de refinancement des banques était de 0,25 %. Conséquence : la dette est passée de 113 % du PIB en 2009 à 174 % aujourd’hui […].»

De la sorte, les aides à la Grèce n’ont servi essentiellement qu’à payer les intérêts de la dette… sans jamais pouvoir la rembourser.
A propos de la maxime, on ne prête qu’aux riches et aux puissants quand il s’agit d’un pays ainsi que la question de l’annulation des dettes d’un pays :

«Le cas le plus connu est celui de l’Allemagne. Lors de la Conférence de Londres en 1953, sa dette avait été réduite de 62 % avec un délai de 30 ans pour le remboursement des créances restantes. Un moratoire de cinq ans a été instauré, les taux d’intérêt ont été réduits et le service de la dette ne pouvait pas dépasser 5 % des revenus d’exportation. Les réparations dues par l’Allemagne ont été remises à plus tard au moment de la réunification. La Grèce était directement concernée par ce point puisque la banque centrale grecque avait été pillée par les nazis lors de l’occupation du pays. Ce dommage est estimé aujourd’hui à 50 milliards d’euros, somme que le gouvernement allemand n’a jamais remboursée. […]. Plus récemment en 2013, la BCE a été obligée d’accepter en catimini une restructuration de la dette irlandaise en échangeant des titres de l’IBRC, une structure bancaire irlandaise issue de la fusion des deux plus grosses banques en faillite du pays, contre des titres émis par l’État irlandais, violant ainsi les traités européens.»

On le voit, la question n’est donc pas technique ou le résultat d’un peuple grec vivant aux crochets des Européens depuis des décennies, mais c’est une question avant tout politique qui renvoie à l’avenir de l’Europe.
Le billet de Mediapart : Questions sur la dette grecque.
A lire également en complément : Athènes est victime d’un chantage | Slate.fr. La conclusion de cet article de Slate.fr :

«Une des principales motivations pour la création de l’Euro était de rétablir le contrôle des politiques sur la «tyrannie» des marchés. Mais la prise en otage des institutions de l’Eurozone par des créanciers bornés s’est finalement avérée bien plus tyrannique que lors des précédentes crises monétaires. Le magnifique idéal européen de paix, de prospérité et de démocratie a laissé place à une brutale politique de pouvoir.»

A méditer…

La fin annoncée de la civilisation industrielle ?

Sur les neuf frontières vitales au fonctionnement du « système Terre », au moins quatre ont déjà été transgressées par nos sociétés industrielles, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité ou le rythme insoutenable de la déforestation. Transgresser ces frontières, c’est prendre le risque que notre environnement et nos sociétés réagissent « de manière abrupte et imprév« Être catastrophiste, ce n’est ni être pessimiste, ni optimiste, c’est être lucide ». Entretien de Basta ! avec les deux auteurs

Servigne, P., Stevens, R. (2015). Comment tout peut s’effondrer ; petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. Paris : Seuil (collection anthropocène), 304 p. 19€.

Cela nous amène à la question des inégalités. « Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons », a déclaré, le 21 mai à Paris, le secrétaire général de l’OCDE. Quel rôle jouent les inégalités dans l’effondrement ?
Les inégalités sont un facteur d’effondrement. Nous abordons la question avec un modèle nommé « Handy », financé par la Nasa. Il décrit les différentes interactions entre une société et son environnement. Ce modèle montre que lorsque les sociétés sont inégalitaires, elles s’effondrent plus vite et de manière plus certaine que les sociétés égalitaires. La consommation ostentatoire tend à augmenter quand les inégalités économiques sont fortes, comme le démontrent les travaux du sociologue Thorstein Veblen. Cela entraîne la société dans une spirale consommatrice qui, au final, provoque l’effondrement par épuisement des ressources. Le modèle montre également que les classes riches peuvent détruire la classe des travailleurs – le potentiel humain –, en les exploitant de plus en plus. Cela fait étrangement écho aux politiques d’austérité mises en place actuellement, qui diminuent la capacité des plus pauvres à survivre. Avec l’accumulation de richesses, la caste des élites ne subit l’effondrement qu’après les plus pauvres, ce qui les rend aveugles et les maintient dans le déni. Deux épidémiologistes britanniques, Richard Wilkinson et Kate Pickett [3], montrent aussi que le niveau des inégalités a des conséquences très toxiques sur la santé des individus.

L’entretien en entier avec les auteurs : « Nous sommes en train de vivre une mosaïque d’effondrements » : la fin annoncée de la civilisation industrielle – Basta !

Depuis quand Charles Martel est-il un héros de l'histoire de France ? | L'Obs

Il n’y a pas qu’en Suisse que la droite identitaire instrumentalise, travestit et manipule l’histoire en fonction de son agenda politique. En France, la droite identitaire affirme que la bataille de Poitiers est “une page fondatrice de notre roman national.” Deux historiens, William Blanc et Christophe Naudin, montrent au contraire que la place réservée à l’événement n’a cesse de fluctuer en fonction des intérêts politiques.


Extraits. Vitrail de la cathédrale de Strasbourg (CC)Vitrail de la cathédrale de Strasbourg (CC) À lire aussi

«Les auteurs reviennent d’abord sur ce que l’on sait de la bataille de Poitiers. Ou, plus exactement, ce que l’on ne sait pas. Le lieu ? Il est si flou que les historiens anglo-saxons parlent de «The Battle of Tours». La date exacte? Selon les sources, elle varie de 731 à 734. Le but de l’expédition montée par les Arabes ? Le pillage plutôt que la conquête, semble-t-il. Quant au déroulement de la bataille, un chroniqueur de l’époque donne le chiffre fantaisiste de 365.000 Sarrasins tués…
Dans la deuxième partie, les deux historiens analysent les fluctuations de la place réservée à Charles Martel par la postérité. Un sujet très politique: car s’il n’était qu’un maire du Palais (un usurpateur en somme), c’était aussi le grand-père de Charlemagne. Comment se revendiquer de lui sans cautionner une atteinte à la légitimité royale ? Louis IX trouva la parade: faisant réaménager la basilique de Saint-Denis, il fit sculpter sur le tombeau de Charles Martel une couronne que celui-ci n’avait jamais portée dans la réalité.
Au XIXe siècle, c’est dans l’école que la bataille de mémoire se déplace. Avec, là aussi, des écarts spectaculaires. Héros de Chateaubriand et des manuels catholiques, Charles Martel s’efface progressivement sous la IIIe République. Dans le «Petit Lavisse», best-seller de l’école laïque (137.000 unités par an jusqu’en 1939), pas une ligne, pas un mot sur la bataille de Poitiers et le grand-père de Charlemagne. Bref, ce héros national a tous les airs d’un intermittent du spectacle. A de longues périodes d’oubli succèdent des retours très politiques.»

Lire la suite : Depuis quand Charles Martel est-il un héros de l’histoire de France ? – Bibliobs – L’Obs

Prédire la fin de « Game of Thrones » grâce au marxisme | Rue89

Prédire la fin de « Game of Thrones » grâce au marxisme – Rue89 – L’Obs:

Même Piketty n’aurait pas lu Marx. Alors pour le commun des mortels, se farcir « Le Capital » quand on a la tête cassée par Google relève de l’ascétisme. Heureusement, il est à la mode d’injecter de la philo dans les séries. Ça fait pop culture. Et on a l’impression d’apprendre des trucs.
Le Guardian y réussit assez bien en plaquant le matérialisme historique sur l’univers de « Game of Thrones ». Selon le journaliste Paul Mason, la série inspirée des livres de George R. R. Martin illustre bien la crise du féodalisme, telle que la conçoit le marxisme, après le communisme primitif, l’esclavagisme et avant le capitalisme. Il va même plus loin : la plupart des histoires de « fantasy » se déroulent dans des univers crépusculaires qui marquent le passage d’un mode de production à un autre. Cela permet au péquin moyen de jouer à la lutte des classes :

(Via rue89.nouvelobs.com)