Reconsidérer la classe ouvrière – La Vie des idées

Alors que les classes populaires ont fait l’objet en France d’une répression sans précédent pour avoir investi les rues et les ronds-points afin de dénoncer les conditions d’existence qui leur sont faites, l’ouvrage de Cédric Lomba a quelque chose de salutaire. Il donne à voir une condition ouvrière structurellement marquée par l’incertitude, à partir de l’exemple d’une industrie sidérurgique belge en proie à des restructurations permanentes depuis bientôt cinquante ans. Cédric Lomba montre comment s’opère la déstabilisation de ces ouvriers au sein de bastions fortement syndiqués où ils ont dominé numériquement. Il ne cherche pas ici à documenter l’affaiblissement politique et symbolique du groupe ouvrier et la crise de reproduction qu’il traverse [1]. Il s’intéresse plutôt à la spécificité d’une condition ouvrière exposée à d’incessantes restructurations industrielles. Il déplace ainsi le regard sur l’expérience du travail et les conditions de vie sous la menace permanente, qu’elle soit manifeste ou latente, d’une disparition de l’activité. Il propose donc de reconstituer les « horizons d’attente » d’ouvriers pris tout à la fois dans le moyen-terme du déclin de l’activité et dans la courte durée des « plans d’action ».

Cédric Lomba, La restructuration permanente de la condition ouvrière. De Cockerill à ArcelorMittal. Vulaines sur Seine, Éditions Le Croquant, 2018, 386 p., 20 €.

— À lire sur laviedesidees.fr/Cedric-Lomba-La-restructuration-permanente-de-la-condition-ouvriere.html

Faire campagne à l’ère d’Instagram | Le Devoir

Nellie Brière, conférencière et consultante en communications numériques et réseaux sociaux, observe que, grâce aux nouveaux outils et à l’intelligence artificielle, les partis politiques peuvent cibler des caractéristiques allant bien au-delà des tranches d’âge. « Les caractéristiques démographiques sont presque devenues un détail. Maintenant, on peut tenir compte de la localisation d’une personne, de ses champs d’intérêt, du genre de médias qu’elle consomme, de ses activités préférées, des gens qui l’influencent ou des mots clefs qui l’accrochent ».
— À lire sur www.ledevoir.com/politique/canada/562855/faire-campagne-a-l-ere-d-instagram

Les mots qui tuent | Libération

Depuis l’épisode mouvementé et controversé des perquisitions visant LFI il y a un an, Jean-Luc Mélenchon dénonce un «procès politique» et une instrumentalisation de la justice pour nuire à sa personne et son mouvement. Le registre était déjà très dur. Mais ce n’était rien par rapport à ce qui vient. Dans une interview au JDD hier, à quatre jours de l’ouverture de son procès, le leader Insoumis poursuit son offensive médiatique avant la guerre juridique, et monte encore d’un ton. «Ce n’est ni du droit ni de la justice. C’est juste une exécution politique. […] C’est une mise en scène, qui précède un meurtre politique», flingue-t-il, s’estimant «condamné d’avance». Ça tire à balles réelles.

Jean-Luc Mélenchon. Photo BOBY / Hans Lucas pour Libération (2017)

Pas sûr ici que la meilleure défense soit l’attaque… Libération n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler les propos de Mélanchon tenus à l’égard de François Fillon lors de la Présidentielle:

«Quand on n’est pas content de la justice, faut changer les lois, pas mettre en cause les juges. On peut changer la loi et les juges appliquent la loi au nom du peuple français».

Quand Jean-Luc Mélenchon ne voulait pas juger les juges | Libération

Paraguay : enquête après la découverte de restes humains dans une maison de l’ex-dictateur Stroessner

La découverte de trois crânes et d’autres restes humains enterrés dans une des maisons du général Alfredo Stroessner suscite l’émoi au Paraguay, tandis que les autorités tentent de vérifier s’ils pourraient appartenir à des disparus de la plus longue dictature d’Amérique du Sud.

La propriété, située à 325 kilomètres à l’est de la capitale, Asuncion, était abandonnée depuis de nombreuses années, jusqu’à l’installation il y a deux semaines de près de 200 familles sans abri. Des squatteurs ont alors découvert, au début du mois de septembre, les ossements sous le sol d’une des salles de bain.

Outre les disparitions, la Commission vérité justice et réparation se penche désormais sur les abus présumés commis par Alfredo Stroesser sur des jeunes femmes. Des accusations de viols émergent peu à peu.

— À lire sur https://www.lemonde.fr/international/article/2019/09/14/paraguay-enquete-apres-la-decouverte-de-restes-humains-dans-une-maison-de-l-ex-dictateur-stroessner_5510388_3210.html

La corruption de la… météo

Le secrétaire du Commerce Wilbur Ross se trouvait en Grèce, où il assistait à des rencontres officielles, lorsqu’il a appelé le directeur intérimaire de l’Administration nationale océanique et atmosphérique (NOAA), vendredi matin. Selon trois sources anonymes citées par le New York Times, il a demandé à son interlocuteur, Neil Jacobs, de modifier la déclaration de son agence selon laquelle Donald Trump s’était trompé en affirmant que l’ouragan Dorian allait frapper l’Alabama plus durement que prévu. La NOAA, faut-il préciser, relève du département du Commerce. Plus tard en soirée, la NOAA a émis un communiqué inhabituel donnant ni plus ni moins raison au président concernant la trajectoire de l’ouragan.

Source : La corruption de la… météo

En Andalousie, plongée dans l’enfer des serres de la tomate bio | Le Monde

Campohermoso (Espagne), trois fois la superficie de Paris consacré exclusivement à la culture intensive de fruits et légumes. Des serres, seulement des serres. Un dédale de kilomètres de serres, toutes en plastique. Une marée blanche qui dévore la côte, engloutit les villes et grignote inexorablement la montagne. Sous les serres d’Almeria, la production été comme hiver d’aliments bio se fait au prix d’une surexploitation des ressources humaines et naturelles.

Calahonda (Espagne), le 21 juin. Le village est encerclé par des centaines de serres consacrées notamment à la culture de tomates. JULIEN GOLDSTEIN POUR « LE MONDE »
Calahonda (Espagne), le 21 juin. Le village est encerclé par des centaines de serres consacrées notamment à la culture de tomates. JULIEN GOLDSTEIN POUR « LE MONDE »

Cette seule image accompagnant l’article du journal Le Monde en dit déjà beaucoup…

La suite de l’article (réservé aux abonnés) : En Andalousie, plongée dans l’enfer des serres de la tomate bio | Le Monde

Elfriede Jelinek : « on ne dévoile pas le racisme ou le sexisme d’une langue en l’édulcorant »

L’auteure de « La Pianiste », Prix Nobel de littérature 2004, enfant terrible de l’Autriche, tient le monde à distance depuis quinze ans. Présence purement numérique, elle publie ses textes tranchants et ironiques sur Internet, et n’accorde plus que de rares interviews – telle celle-ci au journal « Le Monde ».

Vous considérez-vous toujours comme une artiste engagée ?

« Artiste engagée, c’est presque devenu une insulte. Dans leur grande majorité, ceux qui écrivent aujourd’hui revendiquent plutôt le fait d’être politiquement incorrects. Moi aussi, je m’insurge depuis un certain temps contre les dérives de la « political correct­ness ». Quand on est écrivain, on n’a pas le choix, on ne peut pas faire autrement. C’est un langage trop souvent perverti, qui n’est plus qu’un rituel vide de sens, un apaisement superficiel des rapports sociaux. A bien des égards, il tend à niveler les différences au lieu de les faire éclater au grand jour, tout en se revendiquant de la bien-pensance. Or on ne dévoile pas le racisme ou le sexisme d’une langue en l’édulcorant, ou en inventant d’autres mots parce que les anciens sont usés. Ces mots soi-disant nouveaux ne sont en réalité que des clichés, qui servent à discipliner les gens. Tous ceux qui sont opprimés ont beau le souhaiter eux aussi, ce n’est pas en disant que les Afro-Américains, par exemple, sont des citoyens à part entière qu’ils le deviennent dans les faits. C’est une façon d’édulcorer ou d’euphémiser les rapports sociaux. Que fait-on alors des Nègres, de ­Genet 1958 ? Ou du Combat de nègre et de chiens, de Koltès Minuit, 1979 ? Ce n’est pas non plus en ­féminisant la langue que l’on parviendra à l’égalité entre les sexes. Même si c’est très important et que je suis pour, ce n’est qu’une première étape. Il ne faut pas s’arrêter là. Il faut sans cesse faire éclater la plaie pour en faire sortir le pus. »

Source : Elfriede Jelinek : « La rage me submerge toujours autant, sans quoi je n’écrirais pas »

D’où vient l’actuelle vague de mobilisation en Russie ?

Comment expliquer un tel mouvement, le plus important depuis près de dix ans ? Entre la cote de popularité du président russe, au plus bas depuis 2013, et les manœuvres politiques visant à éliminer toute concurrence aux élections municipales du 8 septembre, Le Monde revient en vidéo sur les origines des manifestations.

— Source :  www.lemonde.fr/international/video/2019/08/09/russie-d-ou-vient-la-vague-de-mobilisation_5498187_3210.html

Toni Morrison (1931 – 2019) et le racisme

«La fonction, la très sérieuse fonction du racisme, est la distraction. Il vous empêche de faire votre travail. Il vous pousse à expliquer, encore et toujours, votre raison d’être. Quelqu’un dit que vous n’avez pas de langue, alors vous passez 20 ans à prouver que vous en avez. Quelqu’un dit que votre tête n’est pas correctement formée, alors vous avez des scientifiques qui travaillent pour démontrer le contraire. Quelqu’un dit que vous n’avez pas d’art, alors vous ressortez tout cela. Quelqu’un dit que vous n’avez pas de royaumes, alors vous ressortez tout cela. Rien de tout cela n’est nécessaire. Ils auront toujours à redire.»

Toni Morrison, écrivaine américaine et récipiendaire du prix Nobel de littérature, s’exprimant en mai 1975 sur le racisme. L’auteure de Beloved, Song of Solomon et Sula avait 88 ans.

Source : La citation du jour | Le blogue de Richard Hétu

Crédit image : Angela Radulescu • CC BY-SA 2.0

Trump Fans the Flames of a Racial Fire – The New York Times | Verbatim

Article du New-York Times à la suite des tweets racistes de Donald Trump :

“In many ways, this is the most insidious kind of racial demagoguery,” said Douglas A. Blackmon, the author of “Slavery by Another Name,” a Pulitzer Prize-winning history of racial servitude in America between the Civil War and World War II. “The president has moved beyond invoking the obvious racial slanders of 50 years ago — clichés like black neighborhoods ‘on fire’ — and is now invoking the white supremacist mentality of the early 1900s, when anyone who looked ‘not white’ could be labeled as unwelcome in America.”

— À lire sur www.nytimes.com/2019/07/14/us/politics/trump-twitter-race.html