Crise de la natalité : où sont passés les bébés ?

Depuis plusieurs décennies, la natalité recule dans de nombreux pays. Cette journaliste spécialisée dans les questions de genre et de reproduction analyse ce phénomène pour le New York Times et souligne que, si la baisse de la natalité traduit d’abord un progrès, elle témoigne aussi d’une faillite du capitalisme moderne, avec ses inégalités croissantes, son individualisme et son incapacité à régler la crise climatique. Extraits traduits.

La version actuelle du capitalisme globalisé et la chute de la natalité

« Notre version actuelle du capitalisme globalisé – à laquelle peu de pays et d’individus peuvent se soustraire – a généré une richesse choquante pour certains, et la précarité pour beaucoup d’autres. Ces conditions économiques génèrent des conditions sociales défavorables à la création de familles : Nos semaines de travail sont plus longues et nos salaires plus bas, ce qui nous laisse moins de temps et d’argent pour nous rencontrer, faire la cour et tomber amoureux. Nos économies, de plus en plus gagnantes, exigent que les enfants reçoivent une éducation intensive et coûteuse, ce qui crée une anxiété croissante quant au type de vie qu’un futur parent pourrait leur offrir. Le message de toute une vie nous oriente plutôt vers d’autres activités : l’éducation, le travail, les voyages.

Ces dynamiques économiques et sociales se combinent avec la dégénérescence de notre environnement d’une manière qui n’encourage guère la procréation : Les produits chimiques et les polluants s’infiltrent dans notre corps, perturbant notre système endocrinien. Chaque jour, il semble qu’une partie du monde habité soit en feu ou sous l’eau.

S’inquiéter de la chute des taux de natalité parce qu’elle menace les systèmes de sécurité sociale ou la force de travail future, c’est passer à côté de l’essentiel ; c’est le symptôme de quelque chose de beaucoup plus envahissant.

Il semble évident que ce que nous en sommes venus à considérer comme le “capitalisme tardif” – c’est-à-dire non seulement le système économique, mais aussi toutes les inégalités, les indignités, les opportunités et les absurdités qui l’accompagnent – est devenu hostile à la reproduction. Dans le monde entier, les conditions économiques, sociales et environnementales fonctionnent comme un contraceptif diffus, à peine perceptible. Et oui, cela se produit même au Danemark. »

Chine et Danemark, le même constat devant la montée du « workisme » et le déclin de la religiosité

« Lyman Stone, un économiste qui étudie la population, souligne deux caractéristiques de la vie moderne qui sont en corrélation avec une faible fécondité : la montée du “workism” – un terme popularisé par l’écrivain atlantique Derek Thompson – et le déclin de la religiosité. “Il y a un désir de faire du sens chez les humains”, m’a dit M. Stone. Sans religion, l’une des façons dont les gens cherchent une validation externe est par le travail qui, lorsqu’il devient une valeur culturelle dominante, est “intrinsèquement réducteur de fertilité”.

Le Danemark, note-t-il, n’est pas une culture de bourreau de travail, mais est très laïque. L’Asie de l’Est, où les taux de fécondité sont parmi les plus bas du monde, est souvent les deux. En Corée du Sud, par exemple, le gouvernement a introduit des incitations fiscales à la procréation et a élargi l’accès aux crèches. Mais le “travail excessif” et la persistance des rôles traditionnels des hommes et des femmes se sont combinés pour rendre l’éducation des enfants plus difficile, et surtout peu attrayante pour les femmes, qui assument un deuxième poste à la maison.

La différence entre la vie dans le petit Danemark, avec son généreux système d’aide sociale et ses notes élevées en matière d’égalité des sexes, et la vie en Chine, où l’aide sociale est irrégulière et où les femmes sont victimes d’une discrimination généralisée, est énorme. Pourtant, ces deux pays connaissent des taux de fécondité bien inférieurs aux taux de remplacement.»

Le devenir de la planète : reproduction et durabilité de l’environnement

« La crise de la reproduction se cache dans l’ombre, mais elle est visible si on la cherche. Elle se manifeste chaque année par un nouveau creux dans les taux de natalité. (…)

Les conversations sur la reproduction et la durabilité de l’environnement se sont longtemps chevauchées. Thomas Malthus craignait que la croissance démographique ne dépasse l’offre alimentaire. Les années 1970 ont vu l’émergence de l’écoféminisme. Depuis les années 1990, les groupes de défense de la justice en matière de reproduction cherchent à obtenir une meilleure planète pour tous les enfants. Aujourd’hui, les BirthStrikers désavouent la procréation “en raison de la gravité de la crise écologique”.

Si la catastrophe climatique a ravivé des éléments du discours insidieux sur le contrôle de la population, elle a également suscité une nouvelle vague d’activisme, née de la compréhension de la profondeur des liens entre ces composantes fondamentales de la vie – la reproduction et la santé de la planète – et de l’action collective nécessaire pour les maintenir.

(…)

Ces relations, entre nous et le monde naturel, et entre nous et les autres, témoignent de l’interdépendance que la logique capitaliste voudrait nous faire renier.

La reproduction est le signe ultime de l’interdépendance. Nous dépendons d’au moins deux personnes pour nous rendre possibles. Nous gestons à l’intérieur d’un autre humain, et nous émergeons avec l’aide de médecins ou de doulas ou de parents. Nous grandissons dans des environnements et des communautés qui façonnent notre santé, notre sécurité et nos valeurs. Nous devons trouver des moyens concrets de reconnaître cette interdépendance et nous résoudre à la renforcer. 

(,,,)

En réfléchissant aux dons immatériels que j’aime à penser que j’ai hérités de (mon père), il est devenu évident que j’avais besoin d’une continuité génétique, aussi fictive et ténue soit-elle. J’ai alors reconnu quelque chose de précieux et d’inexplicable dans cette aspiration, et j’ai entrevu combien il pouvait être dévastateur de ne pas pouvoir la réaliser. Pour la première fois, je me suis sentie justifiée dans mon impulsion de préserver un petit morceau de moi qui, d’une certaine manière, contenait un petit morceau de lui, qui pourrait un jour revivre.»

Anna Louie Sussman est une journaliste qui écrit sur le genre, la reproduction et l’économie.

-À lire : Something is stopping us from creating the families we claim to desire. But what?

La Ligue de Matteo Salvini devancée par la gauche en Émilie-Romagne

Selon des sondages à la sortie des urnes, Stefano Bonaccini (Parti démocrate) devance Lucia Borgonzoni (extrême droite). Ce scrutin local a valeur de test national pour Matteo Salvini, leader de la Ligue, qui compte dessus pour revenir au pouvoir.

La Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini était devancée par la gauche dimanche en Émilie-Romagne, selon des sondages à la sortie des urnes et des premiers résultats. Le président sortant de la région, Stefano Bonaccini (Parti démocrate, centre gauche), était en tête avec un score compris entre 48% et 52% des voix devant son adversaire Lucia Borgonzoni (Ligue) entre 43% et 47%, selon un sondage réalisé sur un échantillon représentatif après la fermeture des bureaux de vote à 23 heures.

Compte tenu de l’engagement au premier plan de Matteo Salvini dans ce scrutin, une défaite en Émilie-Romagne pourrait, selon certains observateurs, marquer pour le patron de l’extrême droite italienne «le début d’une longue traversée du désert dans l’opposition». Fort des sondages nationaux montrant la Ligue en tête des intentions de vote autour de 30% et premier parti d’Italie, le souverainiste espérait en effet qu’une convocation rapide des Italiens aux urnes allait être synonyme pour lui de retour aux commandes du pays.

Outre la forte affluence aux urnes, la gauche a sans doute profité de la dynamique anti-salvinienne créée par les Sardines, un mouvement de jeunes né dans la région il y a deux mois et vite devenu un symbole national de la protestation contre l’extrême-droite.

Source : La Ligue de Matteo Salvini devancée par la gauche en Émilie-Romagne – Le Temps

Pour Aung San Suu Kyi, la chute continue

La Cour internationale de justice de La Haye, la plus haute juridiction des Nations unies, a sommé la Birmanie, le 23 janvier, de tout mettre en œuvre pour empêcher un génocide contre la minorité des Rohingyas. Un camouflet pour celle qui s’était posée en avocate de l’armée et du pouvoir birmans.
Aung San Suu Kyi a, pendant longtemps, incarné la lutte contre l’oppression. Mais voilà plusieurs mois déjà qu’elle n’est plus en odeur de sainteté auprès de l’opinion internationale. En ordonnant à l’unanimité le 23 janvier à la Birmanie de prendre des mesures pour empêcher un éventuel génocide contre les Rohingyas, la Cour internationale de justice (CIJ) a officiellement validé la perte de son statut d’icône de la démocratie.

— À lire sur www.courrierinternational.com/dessin/le-dessin-du-jour-pour-aung-san-suu-kyi-la-chute-continue

[Vidéos] “A cause de Macron” : la géniale chorégraphie féministe contre la réforme des retraites – Les Inrocks

Des dizaines de femmes ont dansé contre la réforme des retraites, Gare de l’Est à Paris, vendredi 24 janvier.
Vendredi 24 janvier marque le 51e jour de grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites portée par le gouvernement d’Emmanuel Macron.

Gare de l’Est, à Paris, plusieurs dizaines de femmes se sont ainsi lancées dans une chorégraphie imaginée par des militantes d’Attac vendredi 24 janvier, peu avant 11 heures et le départ de la manif parisienne. Au son de “A cause de Macron” – et avec un jeu de jambes des plus coordonnés ! -, elles ont chanté et dansé joyeusement en lançant : “A cause de Macron (…) grandes perdantes nous serons, on crie révolution.” Les femmes vont en effet être particulièrement touchées par cette réforme des retraites si elle passe.
— À lire sur abonnes.lesinrocks.com/2020/01/24/actualite/societe/videos-a-cause-de-macron-la-geniale-choregraphie-feministe-contre-la-reforme-des-retraites/

Finlande: vers une semaine de travail de quatre jours?

Sanna Marin, la jeune Première ministre finlandaise, aurait fait une proposition surprenante : une semaine de travail raccourcie. Quatre jours de six heures pour un même salaire.

Élue le décembre dernier, Sanna Marin s’attellerait désormais à l’agenda politique. En tête de celui-ci apparaît une proposition qui suscite l’enthousiasme des Finlandais : la semaine de travail de quatre jours ouvrables, de six heures chacun.

« Ce pourrait être la prochaine étape pour la Finlande », a avancé la jeune Première ministre Sanna Marin à l’occasion du 120ème anniversaire du SDP, le parti social-démocrate dont elle est la cheffe de file.

À Göteborg, en Suède voisine, la journée de six heures fonctionne déjà dans les maisons de repos et à l’hôpital municipal, sans modification du salaire des employés. Et les résultats sont satisfaisants : le personnel est plus heureux, en meilleure santé et plus productif. Ce climat serein a même entraîné une augmentation des recettes fiscales, selon le Huffington Post.

— À lire sur www.lavoixdunord.fr/689276/article/2020-01-04/finlande-vers-une-semaine-de-travail-de-quatre-jours

Cependant, le lendemain et dans la foulée de cet article de la Voix du Nord, les CheckNews de Libération ont remonté le fil de cette information et mis en évidence que

Pour Libération, la non contextualisation et datation du congrès du 120ème anniversaire du SPD explique «l’emballement médiatique en Europe pour une proposition qui n’est pourtant pas au programme».

— À lire sur : https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/07/la-premiere-ministre-finlandaise-a-t-elle-propose-la-semaine-de-travail-de-quatre-jours-et-des-journ_1771865?xtor=rss-450

Vers la fin de l’école productiviste ? – Le Courrier

Auteur d’une thèse à l’université de Lausanne consacrée au rôle de l’école dans la transition écologique, Daniel Curnier porte un regard très critique sur l’institution éducative, qui ne prépare pas la jeunesse à la nécessaire transition écologique, alors qu’une partie des jeunes sont justement dans la rue pour sauver le climat.
— À lire sur lecourrier.ch/2020/01/05/vers-la-fin-de-lecole-productiviste /

L’héritage de la génération 1989 en question

Trente ans après la chute du « rideau de fer », se pose la question de l’héritage de la génération 1989 qui a contribué à faire tomber l’un des pires régimes du XX siècle.

Alexis Prokopiev, co-fondateur de l’association Russie-Libertés et co-auteur de Les autres visages de la Russie (Les Petits matins, 2015), nous offre un point de vue intéressant sur la situation à l’Est de l’Europe.

Il fait le point, trente ans après la chute du Mur et quinze ans après le grand élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale. Il se pose inévitablement la question de l’héritage de cette génération 1989.

D’un côté,

La question peut sembler douloureuse lorsqu’on constate que les principes de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit et de respect des droits humains, placés au cœur même de la construction européenne, sont aujourd’hui menacées dans ces mêmes pays qui les ont fait triompher il y a trente ans.

S’il ne minimise pas le risque clair d’une violation grave de ces principes, il observe également qu’une nouvelle génération d’activistes accède aussi aux responsabilités politiques à l’exemple de Zuzana Čaputová, avocate qui a défendu les droits humains et l’écologie, et qui a déclaré, peu après son élection à la tête de la Slovaquie, être heureuse de son élection

« en n’ayant pas recours au populisme, en disant la vérité, en attirant l’attention et en gagnant la confiance sans rhétorique agressive ».

Et que

« c’est grâce à 1989 que nous jouissons de libertés qui nous paraissent aujourd’hui tout à fait naturelles, comme la liberté d’association, d’expression, le pluralisme politique »,

Alexis Prokopiev cite aussi Rafał Trzaskowski, le libéral élu maire de Varsovie en 2018, qui a récemment signé une déclaration pour combattre les discriminations contre les personnes LGBT dans sa ville, Zdeněk Hřib, membre du parti Pirate et maire de Prague, ou encore l’écologiste de centre-gauche Gergely Karácsony qui a remporté, le 13 octobre dernier, les élections à la mairie de Budapest en battant le candidat du parti de Viktor Orban.

Des figures politiques émergent ainsi à l’Est offrant des alternatives possibles au populisme. Mais cela reste encore fragile.

L’article : L’héritage de la génération 1989 en question | Revue Esprit

Crédit image : Photo de Marie Bellando-Mitjans sur Unsplash

Suisse : le fléau des violences domestiques


L’an dernier, 24 femmes sont mortes en Suisse suite à des actes de violence domestique et 52 autres ont fait l’objet de tentatives d’homicide.
Dans une interview aux journaux de Tamedia parue vendredi, Karin Keller-Sutter soutient un renforcement de la protection des victimes. Elle saluerait une solution consistant à n’équiper plus seulement les agresseurs, mais aussi les victimes d’un appareil technique de surveillance, ou même d’une sorte de pisteur.
Source : https://www.rts.ch/info/suisse/10972093-karin-keller-sutter-tres-preoccupee-par-la-violence-domestique.html

En Italie, les sardines convergent vers Rome

“Il est vrai que les ‘sardines’ n’ont pas un programme défini, ni une position claire sur des thèmes comme le travail, la lutte contre les inégalités ou l’Europe, mais alors pourquoi ce mouvement grandit-il ? Les ‘sardines’ attirent des personnes pas forcément politisées mais qui participent, animées par des sentiments d’humanité et de répulsion envers une propagande qui mine le vivre-ensemble. Ce mouvement remplit donc un vide, il répond à un sentiment d’égarement et à une demande non remplie de changement.”
— À lire sur www.courrierinternational.com/article/politique-en-italie-les-sardines-convergent-vers-rome

La guerre des générations favorise les Démocrates aux Etats-Unis

Dans un de ses fameux discours, appelant ses concitoyens à se battre avec courage lors de la Deuxième guerre mondiale, le président américain Franklin D Roosevelt a dit : « Il existe un cycle mystérieux dans le déroulement de l’histoire. A certaines générations, beaucoup est donné. De certaines générations, beaucoup est attendu. » La génération du baby-boom a été l’un des plus gâtées de l’histoire. Pas seulement aux Etats-Unis. Elle a bénéficié d’une croissance exceptionnelle, du plein-emploi favorisant les ascensions sociales rapides, d’avancées technologiques prodigieuses dans un monde qui ignorait la rareté et les limitations. Elle s’est battue pour conquérir des libertés nouvelles et elle les a obtenues.

Les générations suivantes ont le sentiment que, pour elles, les choses sont nettement moins faciles. C’est l’une des raisons pour lesquelles, comme l’écrivent, dans le mensuel The Atlantic, le fameux historien Niall Ferguson et l’analyste politique Eyck Freymann, « les clivages de classe et de race, qui ont été déterminants dans la vie politique américaine, tendent à présent à faire place à un clivage générationnel

-A écouter : La guerre des générations favorise les Démocrates aux Etats-Unis