Comment renaissent les partis

À propos de : Jennifer Cyr, The Fates of Political Parties : Institutional Crisis, Continuity, and Change in Latin America, Cambridge

Les partis politiques sont mortels, mais peuvent aussi renaître. À quelles conditions ? C’est ce que s’efforce de découvrir Jennifer Cyr à partir d’une analyse comparée de cas pris dans trois pays andins.

Selon Jennifer Cyr, un parti est en mesure de survivre s’il peut encore présenter des candidats lors d’élections locales a minima, et si le discrédit qui l’afflige n’a pas eu raison de sa capacité à alimenter le débat d’idées. Idéalement, un parti en souffrance doit pouvoir combiner ces deux atouts : demeurer visible auprès des électeurs et audible dans l’espace public. En d’autres termes, il lui faut rester compétitif et influent, s’il veut un jour prétendre à la « renaissance partisane » (party revival). À défaut de recouvrer la place politico-électorale qui était la sienne au niveau national (définition de la « renaissance »), un parti d’envergure peut aussi se contenter d’une forme de « récupération partisane » (party recovery) ; auquel cas et à la condition que les coalitions soient constitutives du fonctionnement parlementaire, il passe du statut de protagoniste central du système politique à celui d’acteur pivot ou de « faiseur de rois » (king maker). 

Dans les cas extrêmes où ni le repli sur les fiefs n’est possible, ni la conservation de l’étiquette partisane souhaitable, la réinvention (réinvention) peut être envisagée. Pour Jennifer Cyr, la réinvention a surtout pour effet d’accentuer la fragmentation partisane et de complexifier l’offre politique.

-À lire : Comment renaissent les partis – La Vie des idées

Reconsidérer la classe ouvrière – La Vie des idées

Alors que les classes populaires ont fait l’objet en France d’une répression sans précédent pour avoir investi les rues et les ronds-points afin de dénoncer les conditions d’existence qui leur sont faites, l’ouvrage de Cédric Lomba a quelque chose de salutaire. Il donne à voir une condition ouvrière structurellement marquée par l’incertitude, à partir de l’exemple d’une industrie sidérurgique belge en proie à des restructurations permanentes depuis bientôt cinquante ans. Cédric Lomba montre comment s’opère la déstabilisation de ces ouvriers au sein de bastions fortement syndiqués où ils ont dominé numériquement. Il ne cherche pas ici à documenter l’affaiblissement politique et symbolique du groupe ouvrier et la crise de reproduction qu’il traverse [1]. Il s’intéresse plutôt à la spécificité d’une condition ouvrière exposée à d’incessantes restructurations industrielles. Il déplace ainsi le regard sur l’expérience du travail et les conditions de vie sous la menace permanente, qu’elle soit manifeste ou latente, d’une disparition de l’activité. Il propose donc de reconstituer les « horizons d’attente » d’ouvriers pris tout à la fois dans le moyen-terme du déclin de l’activité et dans la courte durée des « plans d’action ».

Cédric Lomba, La restructuration permanente de la condition ouvrière. De Cockerill à ArcelorMittal. Vulaines sur Seine, Éditions Le Croquant, 2018, 386 p., 20 €.

— À lire sur laviedesidees.fr/Cedric-Lomba-La-restructuration-permanente-de-la-condition-ouvriere.html

Elfriede Jelinek : « on ne dévoile pas le racisme ou le sexisme d’une langue en l’édulcorant »

L’auteure de « La Pianiste », Prix Nobel de littérature 2004, enfant terrible de l’Autriche, tient le monde à distance depuis quinze ans. Présence purement numérique, elle publie ses textes tranchants et ironiques sur Internet, et n’accorde plus que de rares interviews – telle celle-ci au journal « Le Monde ».

Vous considérez-vous toujours comme une artiste engagée ?

« Artiste engagée, c’est presque devenu une insulte. Dans leur grande majorité, ceux qui écrivent aujourd’hui revendiquent plutôt le fait d’être politiquement incorrects. Moi aussi, je m’insurge depuis un certain temps contre les dérives de la « political correct­ness ». Quand on est écrivain, on n’a pas le choix, on ne peut pas faire autrement. C’est un langage trop souvent perverti, qui n’est plus qu’un rituel vide de sens, un apaisement superficiel des rapports sociaux. A bien des égards, il tend à niveler les différences au lieu de les faire éclater au grand jour, tout en se revendiquant de la bien-pensance. Or on ne dévoile pas le racisme ou le sexisme d’une langue en l’édulcorant, ou en inventant d’autres mots parce que les anciens sont usés. Ces mots soi-disant nouveaux ne sont en réalité que des clichés, qui servent à discipliner les gens. Tous ceux qui sont opprimés ont beau le souhaiter eux aussi, ce n’est pas en disant que les Afro-Américains, par exemple, sont des citoyens à part entière qu’ils le deviennent dans les faits. C’est une façon d’édulcorer ou d’euphémiser les rapports sociaux. Que fait-on alors des Nègres, de ­Genet 1958 ? Ou du Combat de nègre et de chiens, de Koltès Minuit, 1979 ? Ce n’est pas non plus en ­féminisant la langue que l’on parviendra à l’égalité entre les sexes. Même si c’est très important et que je suis pour, ce n’est qu’une première étape. Il ne faut pas s’arrêter là. Il faut sans cesse faire éclater la plaie pour en faire sortir le pus. »

Source : Elfriede Jelinek : « La rage me submerge toujours autant, sans quoi je n’écrirais pas »

D’où vient l’actuelle vague de mobilisation en Russie ?

Comment expliquer un tel mouvement, le plus important depuis près de dix ans ? Entre la cote de popularité du président russe, au plus bas depuis 2013, et les manœuvres politiques visant à éliminer toute concurrence aux élections municipales du 8 septembre, Le Monde revient en vidéo sur les origines des manifestations.

— Source :  www.lemonde.fr/international/video/2019/08/09/russie-d-ou-vient-la-vague-de-mobilisation_5498187_3210.html

Lecture : Les petites mains de l’intelligence artificielle

Pour Antonio A. Casilli, le remplacement des hommes par des robots n’est que pur fantasme. Derrière le monde virtuel, c’est une nouvelle précarisation du travail humain.

Bâti pour séduire investisseurs et consommateurs (et sur ce point parfaitement efficace), ce discours du remplacement ne résiste pas longtemps à l’enquête sérieuse d’Antonio A. Casilli.

« Derrière chaque plate-forme numérique se cache, en effet, démontre le sociologue, une armada de « travailleurs du clic » invisibilisés, délocalisés, précarisés. Les robots ne font pas disparaître le travail, ils l’occultent et, ce faisant, le reconfigurent dans des formes toujours encore désirables. En réalité, loin de libérer l’homme de la besogne, ils la lui « tâcheronnisent ». »

-À lire sur Les petites mains de l’intelligence artificielle | Le Monde

Antonio Casilli envisage trois évolutions possibles pour une reconnaissance sociale, économique et politique du digital labor :

« De Uber aux modérateurs des plateformes, le droit du travail classique — donc la requalification en salariat — pourrait permettre une reconnaissance de leur statut. Mais le travail dépendant n’est pas forcément la panacée. Aussi, on voit de plus en plus se développer des formes de plateformes coopératives où les usagers deviennent les propriétaires des moyens de production et des algorithmes. » Antonio Casilli voit toutefois des limites à ces deux évolutions. Pour lui, une troisième voie est possible. « Nous ne sommes ni les petits propriétaires, ni les petits entrepreneurs de nos données. Nous sommes les travailleurs de nos données. Et ces données personnelles, ni privées, ni publiques, appartiennent à tous et à personne. La vie privée doit être une négociation collective. Il nous reste à inventer et à faire émerger des institutions pour en faire un véritable bien commun. Internet est un nouveau champ de luttes » s’enthousiasme le chercheur.

-À lire sur : Enquête sur les travailleurs clandestins du clic | UP’Magazine

La présentation de l’éditeur :

L’essor des intelligences artificielles réactualise une prophétie lancinante : avec le remplacement des êtres humains par les machines, le travail serait appelé à disparaître. Si certains s’en alarment, d’autres voient dans la « disruption numérique » une promesse d’émancipation fondée sur la participation, l’ouverture et le partage.

Les coulisses de ce théâtre de marionnettes (sans fils) donnent cependant à voir un tout autre spectacle. Celui des usagers qui alimentent gratuitement les réseaux sociaux de données personnelles et de contenus créatifs monnayés par les géants du Web. Celui des prestataires des start-ups de l’économie collaborative, dont le quotidien connecté consiste moins à conduire des véhicules ou à assister des personnes qu’à produire des flux d’informations sur leur smartphone. Celui des microtravailleurs rivés à leurs écrans qui, à domicile ou depuis des « fermes à clic », propulsent la viralité des marques, filtrent les images pornographiques et violentes ou saisissent à la chaîne des fragments de textes pour faire fonctionner des logiciels de traduction automatique.

En dissipant l’illusion de l’automation intelligente, Antonio Casilli fait apparaître la réalité du digital labor : l’exploitation des petites mains de l’intelligence « artificielle », ces myriades de tâcherons du clic soumis au management algorithmique de plateformes en passe de reconfigurer et de précariser le travail humain.

« En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic », d’Antonio A. Casilli, Seuil, 400 p., 24 euros.

Lien : http://www.seuil.com/ouvrage/en-attendant-les-robots-antonio-a-casilli/9782021401882

Comment la gauche s’est embourgeoisée

Dans “Pourquoi les riches votent à gauche”, l’essayiste américain Thomas Frank analyse comment le Parti démocrate a délaissé les classes populaires au profit de populations aisées et cultivées. Un réquisitoire qui pourrait aussi bien s’appliquer à la social-démocratie française.
La défaite spectaculaire d’Hillary Clinton face à Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016, conjuguée à la percée inopinée du challenger “socialiste” (le mot fait frémir les Yankees) Bernie Sanders à la primaire démocrate, auraient pu être l’occasion d’une autocritique radicale pour le Parti démocrate. Au lieu de cela, elles n’ont suscité que les imprécations outrées de la candidate déchue contre les fake news russes (une plainte a d’ailleurs été déposée le 20 avril par le Comité national démocrate), la misogynie des hommes et les pulsions racistes du bas-peuple, ce “panier de gens pitoyables” (sic).
A méditer et même plus…
— À lire sur abonnes.lesinrocks.com/2018/04/23/livres/comment-la-gauche-sest-embourgeoisee-111074963/
Référence : Pourquoi les riches votent à gauche, de Thomas Frank, préface de Serge Halimi, éd. Agone, 456 p., 25€

La vie rêvée des sociétés

Dans un livre paru en 2010 et traduit récemment en français sous le titre Utopies réelles, Erik Olin Wright, tente de redéfinir la question du changement social au XXIe siècle. Son projet vise à réarmer scientifiquement la critique après l’échec du socialisme réel et d’apporter une réponse à la chute du mur de Berlin, fruit de 20 ans de réflexions muries depuis le camp du post-marxisme et du marxisme analytique.
Aux yeux de Wright, une condition essentielle du changement social est la construction, ici et maintenant, d’utopies en acte qui, en donnant à voir leur efficacité, contribuent à réarmer le camp des radicaux, trop souvent déprimés par l’échec de leurs mobilisations.
La vie des idées en propose un compte-rendu fort intéressant. Ce dernier s’intéresse notamment aux pages consacrées par Wright à l’analyse des conditions sociales de réussite de 4 utopies qui lui paraissent particulièrement prometteuses : Wikipedia, le budget participatif de Porto Alegre, le revenu universel et les coopératives de travailleurs (et en particulier la plus célèbre d’entre elles, celle de Mondragon au Pays basque). Il voit dans ces expériences le ferment d’un autre modèle économique et social, où les principales décisions sont prises collectivement plutôt que par le marché à des fins d’accroissement de la rentabilité. Wright veut en effet inverser la tendance d’un contrôle de l’économie sur les principales décisions politiques et sociales, la société pouvant regagner du pouvoir via ces différents mécanismes. Ces dispositifs de renforcement du pouvoir d’agir social représentent pour Wright une forme radicale d’empowerment [Voir Carole Biewener, Marie-Hélène Bacqué, L’empowerment. Une pratique émancipatrice, Paris, La Découverte, 2013.]. Tout l’enjeu des développements qu’il consacre à ces expériences est de déterminer si celles-ci sont désirables, viables et faisables.
Le compte-rendu : La vie rêvée des sociétés | La vie des idées.
L’ouvrage : Erik Olin Wright, Utopies réelles, trad. V. Farnea et J. A. Peschanski, Paris, La Découverte, 2017, 624 p., 28 €.

Politique pénale et préjugé racial aux États-Unis

Après avoir fait la guerre aux pauvres, les États-Unis l’ont déclarée aux criminels. Une histoire des politiques pénales depuis 1960 saisit la genèse intellectuelle et politique du traitement punitif souvent réservé aux membres des minorités.

Recensé : Elizabeth Hinton, From The War On Poverty To The War On Crime : The Making Of Mass Incarceration in America, Cambridge, Harvard University Press, 2016, 464 p.
Dans un contexte médiatique et universitaire marqué par les controverses autour du livre d’A. Goffman, il y aurait lieu de craindre un essoufflement des travaux sur la criminalisation des jeunes Noirs et Latinos aux États-Unis. Dans cette étude, issue d’une longue immersion dans un quartier noir de Philadelphie, A. Goffman décrit l’omniprésence de la répression policière, dont témoigne encore récemment le mouvement Black Lives Matter. Les débats suscités par le livre ont permis de rappeler l’ampleur des travaux sur la criminalisation d’une jeunesse pauvre, notamment africaine-américaine. Une perspective historique, dans la lignée des African American Studies, pourrait toutefois donner un nouveau souffle à ces recherches. En revenant sur l’ambivalence des politiques de lutte contre l’exclusion sociale d’après-guerre, l’historienne Elizabeth Hinton montre que la politique criminelle des États-Unis, et l’enfermement de masse qui en résulte, trouvent leur origine dans un ensemble de théories culturalistes sur la « criminalité noire ».
Lire le compte-rendu : Politique pénale et préjugé racial aux États-Unis – La Vie des idées

Etats-Unis : un État en déliquescence

Le pourrissement de la politique américaine et l'élection de Donald Trump infectent l'ordre mondial et pourraient potentiellement provoquer un effondrement aussi grand que l'effondrement de l'empire soviétique.
Dans son article America: the failed state, paru en décembre 2016, Francis Fukuyama, auteur en son temps lors de la chute de l'empire soviétique d'un ouvrage ayant suscité la polémique et annonçant la Fin de l'histoire ainsi que le triomphe définitif du libéralisme et de la démocratie1, porte un jugement peu complaisant sur la situation résultant de l'élection en 2016 de Donald Trump :

« Donald Trump’s evolution from a buffoonish fringe candidate taken seriously by no one to the President-Elect of the United States is one of the most unexpected and traumatic events in recent US history. The effects are uncertain, but—in the worst case—they could lead to the US giving up entirely on global leadership, and the unravelling of the liberal world order it has done much to build since the 1950s. »

Il replace cette élection et ce qu'elle annonce en terme de nationalisme et d'autoritarisme en perspective en la reliant tant avec Recep Erdogan, le président turc qu'avec son homologue hongrois, Victor Orban. Cette évolution vers des démocraties populistes présente une menace évidente à l'encontre des libertés individuelles :

« with indignant nationalists riding the tide in so many places, we cannot preclude the possibility that we are living through a political disruption that will in time bear comparison with the collapse of Communism a generation ago. »

Au-delà de Trump lui-même, Fukuyama revient sur la crise de 2008 et de ses conséquences. Pour Fukuyama, la crise bancaire de 2008 a remis en cause l’autorité des élites qui ont créé ce système très risqué. Cette « faille dans le modèle », selon l'expression consacrée d'Alan Greenspan, minait l’expertise sur laquelle le pouvoir des élites reposait. Plus grave encore que l’échec de l’économie occidentale a été le sentiment d’injustice qui poussait dans son sillage. Le public a vu tous ces institutions et individus fortunés qui avaient bénéficié du système et qui étaient renfloués dans le même temps qu'étaient promulgués des projet de loi sous la forme de politiques d’austérité et d'augmentation du chômage. Aux États-Unis, ces effets déstabilisateurs ont été aggravés par une anxiété née du déclin de la puissance relative de la nation américaine.
Cependant, pour Fukuyama, le résultat de l'élection de Trump doit beaucoup au dysfonctionnement du système politique américain.
L’accusation que les grosses sommes d’argent et de puissants intérêts particuliers corrompent le Congrès et remplissent les poches des « élites » au détriment des citoyens ordinaires se retrouvait dans les propos des deux candidats outsiders de droite et de gauche, soit Donald Trump et Bernie Sanders.
Les deux ont vilipendé Hillary Clinton, présentée comme la personnification de ce genre de corruption. Ciblant des banques de Wall Street comme Goldman Sachs, la critique a atteint de nouveaux sommets avec Donald Trump qui a, en outre accablé comme corrompues tout un éventail d'institutions américaines, FBI compris.
De la sorte, le système politique américain est devenu dysfonctionnel alors que, pour Fukuyama, le problème est que les critiques comme celles de Trump et Sanders n'identifient pas correctement la source du problème et ne peuvent pas offrir de véritables solutions.
Fukuyama fait l'analyse que la polarisation idéologique et l’émergence de puissants groupes d’intérêt dans le système ont amené à la "vetocracy". À savoir, une situation dans laquelle des intérêts particuliers peuvent opposer leur veto aux décisions nuisibles pour eux-mêmes, tandis que l’action collective pour le bien commun devient extrêmement difficile à réaliser. La Vetocracy n’est pas fatale à la démocratie américaine, mais elle produit une mauvaise gouvernance :
« The American political system has undergone decay over recent decades as well-organised elites have made use of vetocracy to protect their interests. »
Conséquemment, les inégalités ont augmenté au cours de la dernière génération. Les chiffres sur la concentration des richesses et des revenus dans les 10 premiers pour cent des 1 % supérieurs sont bien connus. Ce qui était moins reconnu jusqu'à la campagne actuelle est ce qui se passait dans la vie des autres 99 %. C'est ainsi que l'ancienne classe ouvrière blanche souffre depuis trois générations de la désindustrialisation. Auxquels s'ajoute encore la situation des Afro-américains dans les centres-villes, des sans-papiers ou des autres minorités marginalisées.
Pour Fukuyama, en définitive, le succès du populisme en 2016 n'est pas surprenant. L'élite économique est responsable de la crise financière de 2008, mais c’était les citoyens ordinaires de classe ouvrière qui ont perdu leur emploi. L'absence d'une réponse des partis tant démocrate que républicain à la marginalisation économique de la classe ouvrière blanche coïncide avec leur marginalisation dans un système politique qui favorise ceux qui ont l’argent et l’État. La vraie surprise devrait être que le soulèvement populiste n’est pas venu plus tôt.
Concernant la présidence Trump, sur la question de l’inégalité et le sort de la classe ouvrière américaine, ses principales propositions — la renégociation d’accords commerciaux et de sévir contre l’immigration illégale — sont susceptible de produire les effets positifs qu’il promet, mais peut aussi susciter, pour Fukuyama, des représailles d’autres pays qui conduiront à une spirale à la baisse globale qui rappelle les années 1930.
Par ailleurs, la victoire des Républicains ne saurait masquer les contradictions importantes entre les tenants de la ligne Ryan, adeptes de la globalisation et de la réduction des dépenses sociales, et les supporters de Trump. Le premier champ de bataille potentiel sera le budget. Il peut déboucher sur le pire des deux mondes. A savoir, des nouvelles déductions fiscales pour les plus nantis et des coupes dans les programmes sociaux tels l'Obamacare, le tout combiné avec un protectionnisme et une flambée d'intolérance ethnique. À ce titre, pour Fukuyama et en décembre 2016,

« The appointment of Breitbart executive Steve Bannon as White House strategist and Republican National Committee Chair Reince Priebus as Chief of Staff are suggestive of exactly that sort of compromise. »

En terme idéologique, la victoire de Trump représente, pour Fukuyama, la dernière étape d'une transition mondiale vers nationalisme populiste, un modèle dont le sens est en train de devenir terriblement clair.
Cette tendance recouvre le Brexit et la montée des partis de droite anti-UE, anti-immigrés dans toute l’Europe. Dans un certain sens, ces événements — comme Trump — sont une réaction populaire à retardement à la mondialisation et les bouleversements économiques et culturels qu’elle a forgé au nom d’une liberté qui ne s’arrête pas à la frontière. Si cette tendance se poursuit ailleurs dans le monde, que nous vivrons dans une période très difficile de nationalismes concurrents et en colère.
Source de l'image d'en-tête : Donald Trump à la Convention républicaine de 2016. ©Action Press/Rex/Shutterstock
L'article : America: the failed state | Prospect Magazine
Prospect est un magazine mensuel britannique couvrant un large spectre de sujets, mais mettant l'accent sur la politique et l'actualité. Classé au centre gauche sur l'échiquier politique, il propose des sujets sur la politique britannique, la politique internationale, la psychologie, la culture, l'art, la littérature, la musique, le cinéma et il publie souvent des essais sur l'économie, les questions sociales, l'architecture, les médias, la science et les technologies.
Prospect a une rubrique « opinions » qui propose des contributions provenant d'un large spectre politique. (Source : Wikipedia)
Francis Fukuyama, né le 27 octobre 1952, à Chicago, est un philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain.
Intellectuel influent, très connu pour ses thèses sur la fin de l'histoire, Francis Fukuyama est actuellement professeur d'économie politique internationale à la SAIS de l'université Johns-Hopkins à Washington.
En 2004, il a servi dans l'administration Bush en tant que membre du Conseil présidentiel de bioéthique. Depuis le départ de Georges Bush, il préconise en relations internationales la promotion de la démocratie par le soft power. En 2006, Fukuyama déclare que ses idées se sont éloignées de celles des néo-conservateurs (America at the Crossroads et Francis Fukuyama (2006). "After Neoconservatism". The New York Times Magazine, 19 février). Il a ensuite soutenu en 2008 Barack Obama à l'élection présidentielle américaine. (Source : https://en.m.wikipedia.org/wiki/Francis_Fukuyama)

  1. S'inspirant des thèses d'Alexandre Kojève sur la « fin de l'histoire », Fukuyama affirme que la fin de la Guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme (concept de démocratie libérale) sur les autres idéologies politiques. Fukuyama est par ailleurs conscient que la chute du Mur, la dislocation du bloc de l'Est va entraîner d'importants troubles : la fin de l'Histoire ne signifie pas selon lui l'absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l'horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement.
    Le livre développe la thèse d'un article intitulé The End of History? (La Fin de l’Histoire ?) et publié en 1989 dans la revue The National Interest.

Tout derniers râles de secret financier — Rhonestrasse

Il est furieux, Bob Richards, le Premier ministre des Bermudes. Si les intérêts de son île, territoire britannique d’Outre-mer, sont menacés, il “n’hésitera pas à réclamer l’indépendance“. L’an dernier, il brandissait cette menace à la lumière du Brexit. Désormais, c’est la fin promise par Londres du secret bancaire et financier de son pays qui le […]

via Tout derniers râles de secret financier — Rhonestrasse