Lecture : Les petites mains de l’intelligence artificielle

Pour Antonio A. Casilli, le remplacement des hommes par des robots n’est que pur fantasme. Derrière le monde virtuel, c’est une nouvelle précarisation du travail humain.

Bâti pour séduire investisseurs et consommateurs (et sur ce point parfaitement efficace), ce discours du remplacement ne résiste pas longtemps à l’enquête sérieuse d’Antonio A. Casilli.

« Derrière chaque plate-forme numérique se cache, en effet, démontre le sociologue, une armada de « travailleurs du clic » invisibilisés, délocalisés, précarisés. Les robots ne font pas disparaître le travail, ils l’occultent et, ce faisant, le reconfigurent dans des formes toujours encore désirables. En réalité, loin de libérer l’homme de la besogne, ils la lui « tâcheronnisent ». »

-À lire sur Les petites mains de l’intelligence artificielle | Le Monde

Antonio Casilli envisage trois évolutions possibles pour une reconnaissance sociale, économique et politique du digital labor :

« De Uber aux modérateurs des plateformes, le droit du travail classique — donc la requalification en salariat — pourrait permettre une reconnaissance de leur statut. Mais le travail dépendant n’est pas forcément la panacée. Aussi, on voit de plus en plus se développer des formes de plateformes coopératives où les usagers deviennent les propriétaires des moyens de production et des algorithmes. » Antonio Casilli voit toutefois des limites à ces deux évolutions. Pour lui, une troisième voie est possible. « Nous ne sommes ni les petits propriétaires, ni les petits entrepreneurs de nos données. Nous sommes les travailleurs de nos données. Et ces données personnelles, ni privées, ni publiques, appartiennent à tous et à personne. La vie privée doit être une négociation collective. Il nous reste à inventer et à faire émerger des institutions pour en faire un véritable bien commun. Internet est un nouveau champ de luttes » s’enthousiasme le chercheur.

-À lire sur : Enquête sur les travailleurs clandestins du clic | UP’Magazine

La présentation de l’éditeur :

L’essor des intelligences artificielles réactualise une prophétie lancinante : avec le remplacement des êtres humains par les machines, le travail serait appelé à disparaître. Si certains s’en alarment, d’autres voient dans la « disruption numérique » une promesse d’émancipation fondée sur la participation, l’ouverture et le partage.

Les coulisses de ce théâtre de marionnettes (sans fils) donnent cependant à voir un tout autre spectacle. Celui des usagers qui alimentent gratuitement les réseaux sociaux de données personnelles et de contenus créatifs monnayés par les géants du Web. Celui des prestataires des start-ups de l’économie collaborative, dont le quotidien connecté consiste moins à conduire des véhicules ou à assister des personnes qu’à produire des flux d’informations sur leur smartphone. Celui des microtravailleurs rivés à leurs écrans qui, à domicile ou depuis des « fermes à clic », propulsent la viralité des marques, filtrent les images pornographiques et violentes ou saisissent à la chaîne des fragments de textes pour faire fonctionner des logiciels de traduction automatique.

En dissipant l’illusion de l’automation intelligente, Antonio Casilli fait apparaître la réalité du digital labor : l’exploitation des petites mains de l’intelligence « artificielle », ces myriades de tâcherons du clic soumis au management algorithmique de plateformes en passe de reconfigurer et de précariser le travail humain.

« En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic », d’Antonio A. Casilli, Seuil, 400 p., 24 euros.

Lien : http://www.seuil.com/ouvrage/en-attendant-les-robots-antonio-a-casilli/9782021401882

Comment la gauche s’est embourgeoisée

Dans “Pourquoi les riches votent à gauche”, l’essayiste américain Thomas Frank analyse comment le Parti démocrate a délaissé les classes populaires au profit de populations aisées et cultivées. Un réquisitoire qui pourrait aussi bien s’appliquer à la social-démocratie française.
La défaite spectaculaire d’Hillary Clinton face à Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016, conjuguée à la percée inopinée du challenger “socialiste” (le mot fait frémir les Yankees) Bernie Sanders à la primaire démocrate, auraient pu être l’occasion d’une autocritique radicale pour le Parti démocrate. Au lieu de cela, elles n’ont suscité que les imprécations outrées de la candidate déchue contre les fake news russes (une plainte a d’ailleurs été déposée le 20 avril par le Comité national démocrate), la misogynie des hommes et les pulsions racistes du bas-peuple, ce “panier de gens pitoyables” (sic).
A méditer et même plus…
— À lire sur abonnes.lesinrocks.com/2018/04/23/livres/comment-la-gauche-sest-embourgeoisee-111074963/
Référence : Pourquoi les riches votent à gauche, de Thomas Frank, préface de Serge Halimi, éd. Agone, 456 p., 25€

La vie rêvée des sociétés

Dans un livre paru en 2010 et traduit récemment en français sous le titre Utopies réelles, Erik Olin Wright, tente de redéfinir la question du changement social au XXIe siècle. Son projet vise à réarmer scientifiquement la critique après l’échec du socialisme réel et d’apporter une réponse à la chute du mur de Berlin, fruit de 20 ans de réflexions muries depuis le camp du post-marxisme et du marxisme analytique.
Aux yeux de Wright, une condition essentielle du changement social est la construction, ici et maintenant, d’utopies en acte qui, en donnant à voir leur efficacité, contribuent à réarmer le camp des radicaux, trop souvent déprimés par l’échec de leurs mobilisations.
La vie des idées en propose un compte-rendu fort intéressant. Ce dernier s’intéresse notamment aux pages consacrées par Wright à l’analyse des conditions sociales de réussite de 4 utopies qui lui paraissent particulièrement prometteuses : Wikipedia, le budget participatif de Porto Alegre, le revenu universel et les coopératives de travailleurs (et en particulier la plus célèbre d’entre elles, celle de Mondragon au Pays basque). Il voit dans ces expériences le ferment d’un autre modèle économique et social, où les principales décisions sont prises collectivement plutôt que par le marché à des fins d’accroissement de la rentabilité. Wright veut en effet inverser la tendance d’un contrôle de l’économie sur les principales décisions politiques et sociales, la société pouvant regagner du pouvoir via ces différents mécanismes. Ces dispositifs de renforcement du pouvoir d’agir social représentent pour Wright une forme radicale d’empowerment [Voir Carole Biewener, Marie-Hélène Bacqué, L’empowerment. Une pratique émancipatrice, Paris, La Découverte, 2013.]. Tout l’enjeu des développements qu’il consacre à ces expériences est de déterminer si celles-ci sont désirables, viables et faisables.
Le compte-rendu : La vie rêvée des sociétés | La vie des idées.
L’ouvrage : Erik Olin Wright, Utopies réelles, trad. V. Farnea et J. A. Peschanski, Paris, La Découverte, 2017, 624 p., 28 €.

Politique pénale et préjugé racial aux États-Unis

Après avoir fait la guerre aux pauvres, les États-Unis l’ont déclarée aux criminels. Une histoire des politiques pénales depuis 1960 saisit la genèse intellectuelle et politique du traitement punitif souvent réservé aux membres des minorités.

Recensé : Elizabeth Hinton, From The War On Poverty To The War On Crime : The Making Of Mass Incarceration in America, Cambridge, Harvard University Press, 2016, 464 p.
Dans un contexte médiatique et universitaire marqué par les controverses autour du livre d’A. Goffman, il y aurait lieu de craindre un essoufflement des travaux sur la criminalisation des jeunes Noirs et Latinos aux États-Unis. Dans cette étude, issue d’une longue immersion dans un quartier noir de Philadelphie, A. Goffman décrit l’omniprésence de la répression policière, dont témoigne encore récemment le mouvement Black Lives Matter. Les débats suscités par le livre ont permis de rappeler l’ampleur des travaux sur la criminalisation d’une jeunesse pauvre, notamment africaine-américaine. Une perspective historique, dans la lignée des African American Studies, pourrait toutefois donner un nouveau souffle à ces recherches. En revenant sur l’ambivalence des politiques de lutte contre l’exclusion sociale d’après-guerre, l’historienne Elizabeth Hinton montre que la politique criminelle des États-Unis, et l’enfermement de masse qui en résulte, trouvent leur origine dans un ensemble de théories culturalistes sur la « criminalité noire ».
Lire le compte-rendu : Politique pénale et préjugé racial aux États-Unis – La Vie des idées

Etats-Unis : un État en déliquescence

Le pourrissement de la politique américaine et l'élection de Donald Trump infectent l'ordre mondial et pourraient potentiellement provoquer un effondrement aussi grand que l'effondrement de l'empire soviétique.
Dans son article America: the failed state, paru en décembre 2016, Francis Fukuyama, auteur en son temps lors de la chute de l'empire soviétique d'un ouvrage ayant suscité la polémique et annonçant la Fin de l'histoire ainsi que le triomphe définitif du libéralisme et de la démocratie1, porte un jugement peu complaisant sur la situation résultant de l'élection en 2016 de Donald Trump :

« Donald Trump’s evolution from a buffoonish fringe candidate taken seriously by no one to the President-Elect of the United States is one of the most unexpected and traumatic events in recent US history. The effects are uncertain, but—in the worst case—they could lead to the US giving up entirely on global leadership, and the unravelling of the liberal world order it has done much to build since the 1950s. »

Il replace cette élection et ce qu'elle annonce en terme de nationalisme et d'autoritarisme en perspective en la reliant tant avec Recep Erdogan, le président turc qu'avec son homologue hongrois, Victor Orban. Cette évolution vers des démocraties populistes présente une menace évidente à l'encontre des libertés individuelles :

« with indignant nationalists riding the tide in so many places, we cannot preclude the possibility that we are living through a political disruption that will in time bear comparison with the collapse of Communism a generation ago. »

Au-delà de Trump lui-même, Fukuyama revient sur la crise de 2008 et de ses conséquences. Pour Fukuyama, la crise bancaire de 2008 a remis en cause l’autorité des élites qui ont créé ce système très risqué. Cette « faille dans le modèle », selon l'expression consacrée d'Alan Greenspan, minait l’expertise sur laquelle le pouvoir des élites reposait. Plus grave encore que l’échec de l’économie occidentale a été le sentiment d’injustice qui poussait dans son sillage. Le public a vu tous ces institutions et individus fortunés qui avaient bénéficié du système et qui étaient renfloués dans le même temps qu'étaient promulgués des projet de loi sous la forme de politiques d’austérité et d'augmentation du chômage. Aux États-Unis, ces effets déstabilisateurs ont été aggravés par une anxiété née du déclin de la puissance relative de la nation américaine.
Cependant, pour Fukuyama, le résultat de l'élection de Trump doit beaucoup au dysfonctionnement du système politique américain.
L’accusation que les grosses sommes d’argent et de puissants intérêts particuliers corrompent le Congrès et remplissent les poches des « élites » au détriment des citoyens ordinaires se retrouvait dans les propos des deux candidats outsiders de droite et de gauche, soit Donald Trump et Bernie Sanders.
Les deux ont vilipendé Hillary Clinton, présentée comme la personnification de ce genre de corruption. Ciblant des banques de Wall Street comme Goldman Sachs, la critique a atteint de nouveaux sommets avec Donald Trump qui a, en outre accablé comme corrompues tout un éventail d'institutions américaines, FBI compris.
De la sorte, le système politique américain est devenu dysfonctionnel alors que, pour Fukuyama, le problème est que les critiques comme celles de Trump et Sanders n'identifient pas correctement la source du problème et ne peuvent pas offrir de véritables solutions.
Fukuyama fait l'analyse que la polarisation idéologique et l’émergence de puissants groupes d’intérêt dans le système ont amené à la "vetocracy". À savoir, une situation dans laquelle des intérêts particuliers peuvent opposer leur veto aux décisions nuisibles pour eux-mêmes, tandis que l’action collective pour le bien commun devient extrêmement difficile à réaliser. La Vetocracy n’est pas fatale à la démocratie américaine, mais elle produit une mauvaise gouvernance :
« The American political system has undergone decay over recent decades as well-organised elites have made use of vetocracy to protect their interests. »
Conséquemment, les inégalités ont augmenté au cours de la dernière génération. Les chiffres sur la concentration des richesses et des revenus dans les 10 premiers pour cent des 1 % supérieurs sont bien connus. Ce qui était moins reconnu jusqu'à la campagne actuelle est ce qui se passait dans la vie des autres 99 %. C'est ainsi que l'ancienne classe ouvrière blanche souffre depuis trois générations de la désindustrialisation. Auxquels s'ajoute encore la situation des Afro-américains dans les centres-villes, des sans-papiers ou des autres minorités marginalisées.
Pour Fukuyama, en définitive, le succès du populisme en 2016 n'est pas surprenant. L'élite économique est responsable de la crise financière de 2008, mais c’était les citoyens ordinaires de classe ouvrière qui ont perdu leur emploi. L'absence d'une réponse des partis tant démocrate que républicain à la marginalisation économique de la classe ouvrière blanche coïncide avec leur marginalisation dans un système politique qui favorise ceux qui ont l’argent et l’État. La vraie surprise devrait être que le soulèvement populiste n’est pas venu plus tôt.
Concernant la présidence Trump, sur la question de l’inégalité et le sort de la classe ouvrière américaine, ses principales propositions — la renégociation d’accords commerciaux et de sévir contre l’immigration illégale — sont susceptible de produire les effets positifs qu’il promet, mais peut aussi susciter, pour Fukuyama, des représailles d’autres pays qui conduiront à une spirale à la baisse globale qui rappelle les années 1930.
Par ailleurs, la victoire des Républicains ne saurait masquer les contradictions importantes entre les tenants de la ligne Ryan, adeptes de la globalisation et de la réduction des dépenses sociales, et les supporters de Trump. Le premier champ de bataille potentiel sera le budget. Il peut déboucher sur le pire des deux mondes. A savoir, des nouvelles déductions fiscales pour les plus nantis et des coupes dans les programmes sociaux tels l'Obamacare, le tout combiné avec un protectionnisme et une flambée d'intolérance ethnique. À ce titre, pour Fukuyama et en décembre 2016,

« The appointment of Breitbart executive Steve Bannon as White House strategist and Republican National Committee Chair Reince Priebus as Chief of Staff are suggestive of exactly that sort of compromise. »

En terme idéologique, la victoire de Trump représente, pour Fukuyama, la dernière étape d'une transition mondiale vers nationalisme populiste, un modèle dont le sens est en train de devenir terriblement clair.
Cette tendance recouvre le Brexit et la montée des partis de droite anti-UE, anti-immigrés dans toute l’Europe. Dans un certain sens, ces événements — comme Trump — sont une réaction populaire à retardement à la mondialisation et les bouleversements économiques et culturels qu’elle a forgé au nom d’une liberté qui ne s’arrête pas à la frontière. Si cette tendance se poursuit ailleurs dans le monde, que nous vivrons dans une période très difficile de nationalismes concurrents et en colère.
Source de l'image d'en-tête : Donald Trump à la Convention républicaine de 2016. ©Action Press/Rex/Shutterstock
L'article : America: the failed state | Prospect Magazine
Prospect est un magazine mensuel britannique couvrant un large spectre de sujets, mais mettant l'accent sur la politique et l'actualité. Classé au centre gauche sur l'échiquier politique, il propose des sujets sur la politique britannique, la politique internationale, la psychologie, la culture, l'art, la littérature, la musique, le cinéma et il publie souvent des essais sur l'économie, les questions sociales, l'architecture, les médias, la science et les technologies.
Prospect a une rubrique « opinions » qui propose des contributions provenant d'un large spectre politique. (Source : Wikipedia)
Francis Fukuyama, né le 27 octobre 1952, à Chicago, est un philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain.
Intellectuel influent, très connu pour ses thèses sur la fin de l'histoire, Francis Fukuyama est actuellement professeur d'économie politique internationale à la SAIS de l'université Johns-Hopkins à Washington.
En 2004, il a servi dans l'administration Bush en tant que membre du Conseil présidentiel de bioéthique. Depuis le départ de Georges Bush, il préconise en relations internationales la promotion de la démocratie par le soft power. En 2006, Fukuyama déclare que ses idées se sont éloignées de celles des néo-conservateurs (America at the Crossroads et Francis Fukuyama (2006). "After Neoconservatism". The New York Times Magazine, 19 février). Il a ensuite soutenu en 2008 Barack Obama à l'élection présidentielle américaine. (Source : https://en.m.wikipedia.org/wiki/Francis_Fukuyama)

  1. S'inspirant des thèses d'Alexandre Kojève sur la « fin de l'histoire », Fukuyama affirme que la fin de la Guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme (concept de démocratie libérale) sur les autres idéologies politiques. Fukuyama est par ailleurs conscient que la chute du Mur, la dislocation du bloc de l'Est va entraîner d'importants troubles : la fin de l'Histoire ne signifie pas selon lui l'absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l'horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement.
    Le livre développe la thèse d'un article intitulé The End of History? (La Fin de l’Histoire ?) et publié en 1989 dans la revue The National Interest.

Tout derniers râles de secret financier — Rhonestrasse

Il est furieux, Bob Richards, le Premier ministre des Bermudes. Si les intérêts de son île, territoire britannique d’Outre-mer, sont menacés, il “n’hésitera pas à réclamer l’indépendance“. L’an dernier, il brandissait cette menace à la lumière du Brexit. Désormais, c’est la fin promise par Londres du secret bancaire et financier de son pays qui le […]

via Tout derniers râles de secret financier — Rhonestrasse

Produire jusqu’à l’épuisement | La vie des idées

Dans un ouvrage documenté et limpide, Robert J. Gordon retrace le progrès économique aux États-Unis depuis 1870. La croissance soutenue de la productivité et du niveau de vie semble s’être épuisée depuis 1970 : la révolution numérique pourrait à cet égard n’être que mirage.

Recensé : Robert J. Gordon, The Rise and Fall of American Growth : The U.S. Standard of Living since the Civil War, Princeton, Princeton University Press, 2016.
Si les Trente glorieuses exercent sur nos contemporains une telle fascination, c’est qu’elles représentent l’âge d’or de notre modernité ou une parenthèse économique singulière. Le rythme trépidant auquel s’y accomplirent les changements de nos modes de vie, fait cruellement défaut à notre époque.
Le livre de R. J. Gordon nous apporte la démonstration que le monde développé est déjà entré, depuis une génération, dans la « longue stagnation ». Ce faisant, il nous invite à changer de perspective sur notre présent : le buzz qui entoure les nouvelles technologies nous masque les dynamiques souterraines actuelles. L’auteur reprend et généralise le fameux « kitchen test » de Paul Krugman, qui montre que nous exagérons à tort l’importance des nouveautés les plus récentes. À y regarder de près, une cuisine-type du début du 21e siècle partage en réalité beaucoup plus de traits avec une cuisine des années 1950 que cette dernière avec une cuisine du début du 20e siècle.
L’ouvrage est organisé en trois parties. Il adopte, dans les deux premières parties, une division chronologique : les chapitres s’y répondent pour examiner les progrès réalisés dans les différents domaines qui déterminent la qualité de vie de l’Américain ordinaire (nourriture, logement, transports, communications, santé, conditions de travail et maîtrise des risques de la vie). Une troisième partie rassemble les enseignements de l’étude chronologique et examine les options politiques susceptibles d’atténuer l’incidence des puissants « vents contraires » qui ralentissent la croissance actuelle. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas de remède miracle et rien ne pourra faire qu’une énième révolution industrielle vienne égaler la puissance transformatrice des deux précédentes – pas même la révolution numérique.
Lire le compte-rendu : Produire jusqu’à l’épuisement – La Vie des idées

Pourquoi Poutine est notre allié ? : Anatomie d'une passion française

Il existe en France un courant pro russe qui transcende les partis politiques, allant de  l’extrême-droite à l’extrême-gauche, en passant par la droite souverainiste et la gauche jacobine : tous souhaitent un rapprochement avec Moscou, et un éloignement de l’Union Européenne et de l’OTAN. Quatre justifications sont régulièrement avancées : Poutine serait un « vrai » et « grand » dirigeant par rapport à la classe politique européenne actuelle ; les « valeurs » russes seraient proches des valeurs françaises et justifieraient un rapprochement ; il serait ainsi dans « l’intérêt » de la France de se rapprocher de la Russie ; et enfin, les Russes ne seraient pas pires (et même certainement mieux) que les Américains.
Ce livre étudie chacun de ces motifs en les remettant en contexte dans une perspective  historique et politique. Il offre ainsi au lecteur intéressé une grille d’analyse intellectuelle permettant de se faire sa propre opinion sur la validité et l’intérêt de ces arguments.  
L'auteur, Olivier Schmitt, est professeur de science politique au centre d’études sur la guerre de l’université du Sud-Danemark, et secrétaire général de l’Association pour les Études sur la Guerre et la Stratégie (AEGES). Ses travaux portent sur les conflits armés contemporains, les théories des relations internationales et les politiques de défense en Europe. Il a reçu plusieurs prix nationaux et internationaux pour ses travaux de recherche (prix Alexander George, prix Patricia Weitsman, prix du Conseil Supérieur pour la Formation et la Recherche Stratégique) et a récemment codirigé avec Joseph Henrotin et Stéphane Taillat l’ouvrage Guerre et Stratégie. Approches, Concepts, publié aux Presses Universitaires de France en 2015.

Pourquoi Poutine est notre allié ?

132 pages – format  10×19 cm – 9,90 € TTC en France
ISBN 978-2-36774-083-6
Diffusion : CED CEDIF – Distribution : Les Belles Lettres DD
Parution le 16 janvier 2017 en version papier et numérique, dans toutes les bonnes librairies et sur internet.

Pourquoi Poutine est notre allié ? | Hikari Editions

Trump : Une «présidence Snapchat» ?

Depuis sa campagne, pendant la transition et probablement pendant sa présidence, Donald Trump rompt avec les codes habituels de la communication politique. Le blog "An 2000" de Vincent Glad nous propose differentes pistes d'analyse interessantes de son utilisation des médias sociaux.

La parole présidentielle n’est plus destinée à être fixée dans le marbre, mais se perd aussitôt dans le flux, une fois que la prochaine vague médiatique a déferlé. Le New York Times parle ainsi d’une «présidence Snapchat»: «[Les déclarations de Trump] devraient probablement être traitées moins comme des propos politiques et plus comme des Snaps. Ils existent pour attirer l’attention sur le moment, puis ils disparaissent».
Ce mode de prise de parole dans l’instantané du flux permet une autre caractéristique du trumpisme: le droit fondamental à la contradiction, puisque rien n’est jamais vraiment gravé. En ce sens, Trump, qui a bien compris comment fonctionne les réseaux sociaux (un contenu n’est pertinent que sur le moment, dans son contexte de publication) tue dans l’oeuf le fact-checking journalistique qui se borne à considérer que la parole politique est d’or et qu’elle ne peut être contredite ultérieurement.

Au final, l'article presente Trump comme étant lui-même un média :

Avec Trump, «le medium n’est pas seulement le message, c’est aussi le bureau», écrit joliment la Columbia Journalism Review. Le bureau d’un futur président des Etats-Unis.

Et il s'inspire, entouré de Steve Bannon, ancien rédacteur en chef de Breitbart.com, devenu chief strategist à ses côtés à la Maison-Blanche, de la stratégie mise au point par la Russie :

Les Russes ont Russia Today pour mener la guerre médiatique à l’international, Trump a son compte Twitter pour le seul champ de bataille qui l’intéresse: les Etats-Unis.

L'article en conclut qu'il reste maintenant à savoir si Trump pourra continuer à tweeter ainsi en étant à la Maison-Blanche. Il semble penser que oui.
Source : C'est quoi son PUTAIN DE DÉLIRE à Trump sur Twitter ?!!!!!!

Lecture. « Héritage de ce temps », d’Ernst Bloch

Une extrême droite déjà au pouvoir dans certains pays d’Europe, et sur le point d’en conquérir d’autres. Des progressistes désemparés, convaincus de n’avoir pas eu totalement tort, mais ne sachant comment faire le tri entre erreurs stratégiques et perspectives d’avenir. On pourrait se croire en 2017. Pourtant, c’est la situation qu’Ernst Bloch (1885-1977) a sous les yeux en… 1935. A cette époque, le philosophe a une quarantaine d’années et déjà plusieurs livres à son actif. Il signe dans nombre de journaux, défend les avant-gardes, combat résolument le nazisme. Son singulier profil en combine plusieurs : marxiste hétérodoxe, esthète, visionnaire prophétique, écrivain flamboyant. En exil à Zurich, Bloch rassemble des textes épars sous le titre Héritage de ce temps. Le livre lui vaudra d’être déchu de la nationalité allemande, de trouver refuge aux Etats-Unis, où il rédigera son grand œuvre, Le Principe Espérance (Gallimard, 1991). Quatre-vingt-deux ans après sa parution, ce recueil réserve aux lecteurs bien des surprises. Roger-Pol Droit

KLINCKSIECK
Héritage de ce temps (Erbschaft dieser Zeit), d’Ernst Bloch, traduit de l’allemand et présenté par Jean Lacoste, Klincksieck, « Critique de la politique », 354 p., 25,50 €.
Source : http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/01/19/thriller-essais-recit-quatre-conseils-de-lecture50650413260.html#TVMFgiKfA4W3fYVY.99