Toni Morrison (1931 – 2019) et le racisme

«La fonction, la très sérieuse fonction du racisme, est la distraction. Il vous empêche de faire votre travail. Il vous pousse à expliquer, encore et toujours, votre raison d’être. Quelqu’un dit que vous n’avez pas de langue, alors vous passez 20 ans à prouver que vous en avez. Quelqu’un dit que votre tête n’est pas correctement formée, alors vous avez des scientifiques qui travaillent pour démontrer le contraire. Quelqu’un dit que vous n’avez pas d’art, alors vous ressortez tout cela. Quelqu’un dit que vous n’avez pas de royaumes, alors vous ressortez tout cela. Rien de tout cela n’est nécessaire. Ils auront toujours à redire.»

Toni Morrison, écrivaine américaine et récipiendaire du prix Nobel de littérature, s’exprimant en mai 1975 sur le racisme. L’auteure de Beloved, Song of Solomon et Sula avait 88 ans.

Source : La citation du jour | Le blogue de Richard Hétu

Crédit image : Angela Radulescu • CC BY-SA 2.0

La semaine où la droite a perdu ses derniers oripeaux | Le Monde

Pour les militants de Les Républicains (LR), Nicolas Sarkozy, « Sarko », était la dernière idole, celui qui, en 2007, avait réussi à faire vibrer toutes les cordes de son camp sur les décombres du chiraquisme. Mardi 18 juin (date des plus symboliques en France), le renvoi de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel pour corruption faire boire à ces militants le calice jusqu’à la lie. Pour le plus grand profit d’Emmanuel Macron.

En effet, dans le même temps et à l’occasion d’un colloque organisé, les 20 et 21 juin, pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’élection de Georges Pompidou, Emmanuel Macron captait son héritage. Depuis l’Elysée, le président rendait hommage au président des « trente glorieuses », voyant en lui l’incarnation d’« une modernité de conquête » capable de « penser à la fois vieille France et nouvelle France ».

Enfin, cette même semaine, Brigitte Macron prenait, grâce à Bernadette Chirac, la présidence de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France qui collecte les pièces jaunes au profit des enfants hospitalisés.

La boucle est-elle bouclée ? Pour Le Monde, la réponse est OUI.

Source : La semaine où la droite a perdu ses derniers oripeaux | Le Monde

Suisse : pour une taxe carbone avion socialement acceptable

Dans notre société actuelle, la mobilité en est une des composantes essentielles au niveau professionnel comme dans celui des loisirs. L’enjeu de la transition écologique doit la prendre en compte et la redistribution des richesses doit permettre de rendre cette dernière socialement acceptable. Autrement ce sont les droites extrêmes et populistes qui en profitent politiquement en France aujourd’hui comme en Suisse demain.

Dans sa dernière chronique dans le journal Le Monde, Thomas Piketty indique que la transition écologique ne peut pas se faire sans redistribution sociale des richesses.

Premièrement,

« on voit mal comment les classes moyennes et populaires des pays riches comme des pays émergents accepteraient de changer leur mode de vie (ce qui est pourtant indispensable) si on ne leur apporte pas la preuve que les plus aisés sont mis à contribution. »

Deuxièmement, Thomas Piketty exemplifie son propos avec la politique menée en France entre 2017 et 2019 relativement à l’instauration de la taxe carbone et son augmentation régulière jusqu’en 2030 pour satisfaire aux engagements pris lors des accords de Paris.

Mais pour qu’une telle progression soit acceptable, il est indispensable qu’elle frappe les plus gros émetteurs au moins autant que les plus modestes, et que la totalité du produit de la taxe soit affectée à la transition énergétique et à l’aide aux ménages les plus touchés. Le gouvernement Macron a fait tout le contraire : les taxes sur les carburants payées par les plus modestes ont été utilisées pour financer d’autres priorités, à commencer par la suppression de l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune] et de l’impôt progressif sur les revenus du capital. Comme l’a montré l’Institut des politiques publiques (IPP), il en a résulté entre 2017 et 2019 une augmentation de 6 % du pouvoir d’achat des 1 % les plus riches et de 20 % des 0,1 % les plus riches.

Ce qui vaut pour la France vaut aussi pour la Suisse.

Ainsi, actuellement, le débat public s’est notamment porté sur l’instauration d’une taxe carbone « avion ». Dans quelle mesure un tel projet peut-il être acceptable socialement, sachant que pour les plus aisés cette taxe ne réfrénera pas leur utilisation de l’avion alors que ce seront les plus modestes qui s’en détourneront pour d’autres moyens de transport « low cost » pas forcément beaucoup plus écologiques et comportants d’autres aspects problématiques ?

En effet, pour les déplacements en Europe, la transition a plus de chance, au-delà des convaincus, de se porter sur la route que sur le rail. Dans le domaine du transport « low cost », les offres telles que Flexibus rencontrent déjà plus de succès que celles du rail et concurrencent même l’avion.

Il appartient à la gauche, plus particulièrement au Parti socialiste, et aux écologistes de faire des propositions de redistribution sociale d’une taxe carbone avion, notamment en relation avec les prix des abonnements CFF ou des trains nuits (offre et prix).

Dans le cas contraire, l’exemple du mouvement des « gilets jaunes » en France l’illustre avec le report des voix aux élections européennes sur le Rassemblement National de Marine Le Pen, in fine l’UDC en ressortira renforcée et d’autant la transition écologique affaiblie.

Kamala Harris : un lancement de campagne digne d’Obama

Une foule imposante de 20 000 personnes a assisté hier à Oakland au lancement officiel de la campagne présidentielle de Kamala Harris, sénatrice de Californie, dont l’entrée en scène a éclipsé à plusieurs égards celle de tous les candidats et candidates démocrates ayant manifesté depuis le début de l’année leur intention de briguer la Maison-Blanche…

— À lire sur richardhetu.com/2019/01/28/la-photo-du-jour-22/

Kamala Harris : «For the People» | Le blogue de Richard Hétu

C’est exactement le slogan que Kamala Harris a dévoilé ce matin dans cette vidéo où elle annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 2020.

Dans son autobiographie, intitulée The Truths We Hold : An American Journey, Kamala Harris évoque «la nervosité, l’excitation et l’adrénaline qui se bousculaient dans [son] esprit» lors de son tout premier procès en tant que procureure du comté d’Alameda, dont Oakland est le siège. «J’étais consciente de l’immense responsabilité que j’avais – le devoir de…
— À lire sur richardhetu.com/2019/01/21/kamala-harris-for-the-people/

Quand Chappatte irrite Fox News


Le coup de crayon de Patrick Chappatte vise souvent fort et juste. Ce week-end, il a fortement irrité la très conservatrice chaîne américaine Fox News. Cause du grief: un dessin publié vendredi sur le site du New York Times représentant le président, Donald Trump, en compagnie de militaires aux abords de la frontière mexicaine. «Je me suis enrôlé pour combattre au Moyen-Orient», clame un soldat. «Pas pour les midterms», souffle un autre.
Quand Chappatte irrite Fox News – Le Temps

Décès de l’économiste Samir Amin (1931-2018), théoricien de la «déconnexion» et du «développement inégal»

L’économiste franco-égyptien Samir Amin est décédé le 12 août 2018 à Paris, à l’âge de 86 ans. Ce théoricien du « développement inégal » n’avait jamais renoncé à ses convictions puisées dans le marxisme. Samir Amin a été l’une des grandes figures du marxisme du XXe siècle qu’il a appliqué aux problèmes du sous-développement. Le Groupe d’études géopolitique a été reçu par Samir Amin en avril 2018 dans son appartement parisien pour une longue conversation sur sa trajectoire, son œuvre et ses analyses du monde contemporain. Extraits.

Groupe d’études géopolitiques. – Que signifie, pour vous, être marxiste?
Samir Amin – «Les grands problèmes amorcés par Marx concernent la vraie nature du capitalisme. Seul Marx a posé cette question dans tout le XIXe siècle et même au-delà. Personne d’autre n’a compris l’essentiel du capitalisme, et pas seulement le capitalisme de son temps, mais le capitalisme de manière générale. Comme je le souligne dans un chapitre de mon livre sur la Révolution d’Octobre, bien que Marx fût très conscient, en homme intelligent et cultivé, de l’adaptation du système aux circonstances de lieu et de temps, ce que le Capital nous donne à lire, ce n’est pas une histoire du capitalisme, mais une théorie du capitalisme, et c’est cette lecture-là qui a été essentielle dans ma vie.
J’ai été un lecteur attentif de Marx dans ce sens que j’ai lu tout Marx, pas seulement le Capital, les Grundrisse, etc. mais les œuvres politiques, le Dix-huit Brumaire, la Guerre civile, etc. Tout Marx. C’est amusant, je l’ai lu quatre fois dans ma vie un peu systématiquement : à vingt ans, quarante ans, soixante ans et quatre-vingts ans. Le hasard a fait correspondre ces lectures à des moments de transformation importante dans le monde. À vingt ans, c’était la fin de la Seconde guerre mondiale. À quarante, c’était Bandung et la reconquête des indépendances nationales. À soixante, c’était l’effondrement de l’URSS et la fin du maoïsme. À quatre-vingt, c’était la grande crise actuelle. Je l’ai lu à chaque fois pour m’en servir, pour voir comment il m’aiderait à comprendre mon temps. Marx n’est ni un prophète préscient, ni un génie qui aurait écrit une œuvre pour l’éternité, mais tout simplement le meilleur – et je dirais même le seul – analyste sérieux et réel du capitalisme, précisément parce qu’il n’était ni un économiste, ni un philosophe, ni un sociologue, mais tout cela en même temps.
[…]
La réponse magistrale de Marx est de caractériser le capitalisme comme le premier système fondé sur le marché généralisé. Le travail devient une marchandise, le capital lui-même devient une marchandise sous forme financière. Il en va de même de la nature, et notamment de la terre. Le travailleur, transformé en marchandise, vend sa force de travail, mais, prisonnier de l’aliénation capitaliste, il croit vendre son travail lui-même. S’il travaille huit heures, il est formellement payé pour huit heures, mais ce salaire lui permet d’acheter des produits ou des services qui n’ont coûté à la société que quatre heures. C’est le fondement de l’exploitation.»
Sur la crise économique actuelle :
Samir Amin – «[La crise] ne commence pas en 2007 avec l’effondrement financier bien connu, elle commence en 1975. Nous n’avons été qu’une poignée à l’époque à le voir. D’abord Paul Sweezy, Harry Magdoff, et moi, rejoints quelques mois plus tard par André Gunder Frank et quelques camarades italiens de Rome. Nous avons constaté, à l’époque (cela a été publié en 1977 en anglais), que les taux de croissance étaient tombés à la moitié de leur niveau de long terme dans les pays du centre, de 5 % à 2,5 % en moyenne. Cela a des conséquences profondes, et les taux d’investissement par rapport au PIB ne se sont jamais remis depuis. Aujourd’hui, quand le taux de croissance allemand passe de 2,1 à 2,2 %, on dit que la crise est terminée, mais c’est à mourir de rire. […]
On peut dire que la crise débute en 1971 avec la suspension de la convertibilité du dollar. Mais l’essentiel, c’est le développement du capitalisme des monopoles. Les monopoles existaient avant, mais nous sommes arrivés à un stade – c’était l’idée principale de mon livre sur l’Implosion du système capitaliste – que j’ai appelé celui des monopoles généralisés, où les monopoles ont réduit au statut de sous-traitants de facto toutes les formes de la production qu’ils ne dirigent pas directement eux-mêmes.
L’exemple par excellence, ce sont les paysans, pris en tenailles entre les monopoles de leurs fournisseurs de pesticides et d’OGM en amont, et les grands monopoles de commercialisation en aval. Mais c’est une situation générale. La voilà, la réalité du soi-disant néolibéralisme.»
Source : Nous avons rencontré Samir Amin – Le grand continent
Source de l’image : Wikipedia

Une loi qui dit la vérité sur Israël – Bon pour la tête

La nouvelle loi adoptée à une courte majorité par le Parlement israélien le 18 juillet est «d’une portée historique» selon le Premier ministre Netanyahou. Elle réduit encore les droits des Arabes établis dans le pays (un cinquième de la population) et renforce l’appui aux colonies en Cisjordanie occupée. Des protestations internationales s’élèvent. Mollement. Mais c’est en Israël même que ce texte suscite les plus vives réactions. Avec infosperber, Bon pour la tête a publié l’article du grand journaliste Gideon Levy, de Haaretz. Extrait.

La Knesset s’apprête à promulguer l’une de ses lois les plus importantes, et la plus en phase avec la réalité. La loi de l’Etat-nation précisera le terme vague de nationalisme israélien, ainsi que la nature du sionisme actuel. Elle va également mettre fin à la vaste plaisanterie qui voudrait qu’Israël soit «juif et démocratique». Une combinaison qui n’a jamais existé et ne l’aurait jamais pu, à cause de la contradiction entre les deux valeurs qui ne peuvent être liées sans mentir.
Si l’Etat est juif, il ne peut pas être démocratique, puisqu’il ne considère pas l’égalité des droits entre les citoyens. S’il est démocratique, il ne peut pas être juif, puisqu’une vraie démocratie ne peut pas prévoir des privilèges basés sur l’appartenance ethnique. Du coup, la Knesset a tranché: Israël est juif. Israël s’autoproclame Etat-nation du peuple juif – pas l’Etat de ses citoyens, ni l’Etat des deux peuples qui y vivent – et a, de fait, cessé d’être une démocratie égalitaire, pas seulement en pratique, mais également en théorie. C’est pourquoi cette loi est si importante. Il s’agit d’une loi sincère.
Le tumulte qui s’est élevé autour du projet de loi avait pour but d’entretenir la politique d’ambiguïté nationale. Le président et le procureur général, prétendus gardiens de la décence, ont protesté et ont reçu le soutien des libéraux. Le Président s’est écrié que cette loi représenterait «une arme dans la main des ennemis d’Israël» et le procureur général a mis en garde contre ses «répercutions internationales» (…)
Leur opposition était basée surtout sur la crainte de voir Israël ridiculisé aux yeux du monde. Cependant, le président Reuven Rivlin s’est élevé d’une voix forte et courageuse contre la clause qui autorise  désormais les communes à examiner les résidents et leur attitude à l’égard du régime avant d’autoriser leur admission. Mais la plupart des libéraux étaient simplement horrifiés à l’idée de voir la réalité explicitement formulée dans la loi.

Gideon Levy, né en 1953 à Tel-Aviv, est un journaliste et écrivain israélien, membre de la direction du quotidien Haaretz.
Source et lire la suite : Une loi qui dit la vérité sur Israël – Bon pour la tête

Sommet Trump-Kim : Quel avenir pour l’économie nord-coréenne en cas de dénucléarisation ?

Alors que Donald Trump tourne le dos aux alliés européens traditionnels et au Japon des Etats-Unis, le sommet de Singapour confirme probablement le virage chinois et asiatique de la politique commerciale américaine. Comme l’indique David Frum, ancienne plume de G. W. Bush dans un éditorial pour le magazine The Atlantic, si le président « brutalise ses alliés et amis traditionnels, il s’aplatit devant les adversaires et les dictateurs ». Les perspectives économiques offertes par la croissance nord-coréenne offrent un début d’explication à ce revirement. La puissance de l’économie chinoise également. Il s’agirait bien là d’un redéploiement américain en direction de l’Asie du Nord-Est.
Dans son édition matinale, le Courrier international permet de dresser les contours de enjeux économique du sommet de Singapour à travers la presse chinoise, sud-coréenne et japonaise.
Ainsi, la Corée du Nord est moteur pour la croissance de l’Asie du Nord-Est. Elle s’est d’ores et déjà engagée dans une transformation de son économie planifiée, s’inspirant des exemples de la Chine ou du Vietnam, vers une économie de marché, affirme un expert chinois dans une analyse publiée par le quotidien Huanqiu Shibao.
D’ores et déjà, la Corée du Nord présente la plus forte croissance de l’Asie du Nord-Est. La croissance de la Corée du Nord a été de 3,9 % en 2016, selon le quotidien économique Nihon Keizai Shimbun, soit quatre fois plus qu’au Japon. La même année, les échanges commerciaux avec la Chine, son premier partenaire commercial, étaient chiffrés à 6,056 milliards de dollars, devant la Russie, en deuxième position, à 769 millions, et l’Inde, 589 (Nihon Keizai Shimbun).
Reste à savoir qui paiera la facture de la dénucléarisation de la péninsule nord-coréenne. Fidèle à son habitude, Donald Trump compte faire payer la facture aux autres. Ici, la Corée du Sud et la Chine. Il rencontrera probablement plus de succès ici qu’avec son mur avec le Mexique.
Source : Réveil Courrier: Sommet Trump-Kim Quel avenir pour l’économie nord-coréenne en cas de dénucléarisation ?