Suisse : pour une taxe carbone avion socialement acceptable

Dans notre société actuelle, la mobilité en est une des composantes essentielles au niveau professionnel comme dans celui des loisirs. L’enjeu de la transition écologique doit la prendre en compte et la redistribution des richesses doit permettre de rendre cette dernière socialement acceptable. Autrement ce sont les droites extrêmes et populistes qui en profitent politiquement en France aujourd’hui comme en Suisse demain.

Dans sa dernière chronique dans le journal Le Monde, Thomas Piketty indique que la transition écologique ne peut pas se faire sans redistribution sociale des richesses.

Premièrement,

« on voit mal comment les classes moyennes et populaires des pays riches comme des pays émergents accepteraient de changer leur mode de vie (ce qui est pourtant indispensable) si on ne leur apporte pas la preuve que les plus aisés sont mis à contribution. »

Deuxièmement, Thomas Piketty exemplifie son propos avec la politique menée en France entre 2017 et 2019 relativement à l’instauration de la taxe carbone et son augmentation régulière jusqu’en 2030 pour satisfaire aux engagements pris lors des accords de Paris.

Mais pour qu’une telle progression soit acceptable, il est indispensable qu’elle frappe les plus gros émetteurs au moins autant que les plus modestes, et que la totalité du produit de la taxe soit affectée à la transition énergétique et à l’aide aux ménages les plus touchés. Le gouvernement Macron a fait tout le contraire : les taxes sur les carburants payées par les plus modestes ont été utilisées pour financer d’autres priorités, à commencer par la suppression de l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune] et de l’impôt progressif sur les revenus du capital. Comme l’a montré l’Institut des politiques publiques (IPP), il en a résulté entre 2017 et 2019 une augmentation de 6 % du pouvoir d’achat des 1 % les plus riches et de 20 % des 0,1 % les plus riches.

Ce qui vaut pour la France vaut aussi pour la Suisse.

Ainsi, actuellement, le débat public s’est notamment porté sur l’instauration d’une taxe carbone « avion ». Dans quelle mesure un tel projet peut-il être acceptable socialement, sachant que pour les plus aisés cette taxe ne réfrénera pas leur utilisation de l’avion alors que ce seront les plus modestes qui s’en détourneront pour d’autres moyens de transport « low cost » pas forcément beaucoup plus écologiques et comportants d’autres aspects problématiques ?

En effet, pour les déplacements en Europe, la transition a plus de chance, au-delà des convaincus, de se porter sur la route que sur le rail. Dans le domaine du transport « low cost », les offres telles que Flexibus rencontrent déjà plus de succès que celles du rail et concurrencent même l’avion.

Il appartient à la gauche, plus particulièrement au Parti socialiste, et aux écologistes de faire des propositions de redistribution sociale d’une taxe carbone avion, notamment en relation avec les prix des abonnements CFF ou des trains nuits (offre et prix).

Dans le cas contraire, l’exemple du mouvement des « gilets jaunes » en France l’illustre avec le report des voix aux élections européennes sur le Rassemblement National de Marine Le Pen, in fine l’UDC en ressortira renforcée et d’autant la transition écologique affaiblie.

Trump et l’art de négocier | Radio-Canada.ca

Les 16 premiers mois de sa présidence à la Maison-Blanche n’ont pas mis en évidence les talents de négociateur de Donald Trump. Par contre, l’art de défaire, il sait le faire pour Radio-Canada.

« Trump a été incapable de négocier avec le Congrès l’abolition et le remplacement d’Obamacare. Impossible aussi, pour lui, de convaincre le Mexique de payer son mur à la frontière. Et il n’a toujours pas pu conclure une entente pour le renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).
Faute d’en arriver à des ententes, Donald Trump a démontré qu’il sait comment les défaire. Il a sorti les États-Unis des accords de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique, de l’accord avec l’Iran sur le nucléaire et de l’entente transpacifique sur le libre-échange. »

Source : Trump et l’art de négocier | Donald Trump, président des États-Unis | ICI.Radio-Canada.ca

Comment la gauche s’est embourgeoisée

Dans “Pourquoi les riches votent à gauche”, l’essayiste américain Thomas Frank analyse comment le Parti démocrate a délaissé les classes populaires au profit de populations aisées et cultivées. Un réquisitoire qui pourrait aussi bien s’appliquer à la social-démocratie française.
La défaite spectaculaire d’Hillary Clinton face à Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016, conjuguée à la percée inopinée du challenger “socialiste” (le mot fait frémir les Yankees) Bernie Sanders à la primaire démocrate, auraient pu être l’occasion d’une autocritique radicale pour le Parti démocrate. Au lieu de cela, elles n’ont suscité que les imprécations outrées de la candidate déchue contre les fake news russes (une plainte a d’ailleurs été déposée le 20 avril par le Comité national démocrate), la misogynie des hommes et les pulsions racistes du bas-peuple, ce “panier de gens pitoyables” (sic).
A méditer et même plus…
— À lire sur abonnes.lesinrocks.com/2018/04/23/livres/comment-la-gauche-sest-embourgeoisee-111074963/
Référence : Pourquoi les riches votent à gauche, de Thomas Frank, préface de Serge Halimi, éd. Agone, 456 p., 25€

L’équipage misérable de #Trump n’a jamais été aussi desepéré | The Washington Post

Cette semaine a permis de comprendre à quel point Trump et ses courtisans sont devenus désespérés dans leur défense d’une administration indéfendable. Le président a fait la promotion d’une émission de Fox News sur Twitter qui mettait en vedette un flot continu de flagorneurs qui calomniaient Robert S. Muller III.
Mueller, qui a dirigé un peloton de fusiliers marins au Vietnam, s’est vu décerner une étoile de bronze, deux citations de la Marine, un Purple Heart et la Croix vietnamienne de bravoure. Après avoir reçu une balle dans la jambe, le jeune diplômé de Princeton a continué à mener ses troupes au combat. Plus tard, il a continué son service au Vietnam, même après qu’on lui ait donné l’occasion de rentrer chez lui.
Une telle bravoure et un tel dévouement envers les États-Unis n’auraient jamais pu être démontrés sur le champ de bataille par l’équipage misérable qui s’est aligné pour attaquer le conseiller spécial.

Source : Trump’s miserable crew has never been so desperate – The Washington Post

D. Trump et la Russie : une collusion d’escrocs de seconde zone et de parasites ?

Joshua Yaffa, correspondant du New Yorker à Moscou et membre du think tank New America, écrit depuis des mois sur Donald Trump, Vladimir Poutine et le scandale des liens entre la campagne de Trump et la Russie, qui devient chaque jour de plus en plus intéressant. Il a récemment écrit sur la frustration de nombreux journalistes russes face à la couverture médiatique américaine de l’affaire russe, qui à leurs yeux exagère l’influence directe de Poutine sur divers aspects de leur société et présente l’intelligence des hommes et des femmes du Kremlin sous un jour bien plus favorable qu’il n’y a lieu.
Yaffa et Isaac Chotiner ont récemment eu une discussion sur ces sujets par Skype. Les extraits choisis offrent une compréhension du fonctionnement de la Russie de Poutine et un éclairage saisissant des relations entre D. Trump et la Russie («la collision d’escrocs de seconde zone et de parasites»).
Isaac Chotiner: Comment un peu plus de cinq années à Moscou ont-elles changé votre perspective de ce scandale?
Joshua Yaffa: […] ce qui me rapproche parfois de la perspective de mes collègues russes c’est que j’ai observé pendant plusieurs années le mode de fonctionnement de cet endroit–et quand je dis «cet endroit», je veux dire Poutine, le Kremlin, l’État russe. Et je vois que, même si l’aspiration à être un empêcheur mondial et machiavélique de tourner en rond, décidé à chambouler les projets les mieux conçus des États-Unis et de l’Occident en général ne lui est pas totalement étrangère, le plus souvent la réalité est que Poutine règne sur une machine assez dysfonctionnelle, quasi cassée et définitivement très corrompue, dépourvue des pouvoirs néfastes et tout-puissants d’une super-structure façon méchant de James Bond. […].
[…]
Alors est-ce que votre théorie de ce grand scandale est que le gouvernement russe essayait certaines choses pour semer le chaos dans les élections en espérant créer une pagaille sans vraiment de conséquences et, avec un peu de chance, que cela aiderait Trump, et qu’au final il a eu plus de bol qu’il n’en aurait jamais rêvé?
En gros c’est ça, oui. Je crois que même dans ses rêves les plus fous, Poutine n’aurait jamais pensé que les Américains seraient capables de s’infliger un truc pareil, et c’est pourtant ce qui est arrivé au final. Ce sont les électeurs américains qui ont porté Trump au pouvoir, pas les électeurs russes.
[…]
Dans ce cas, pourquoi tenter à ce point de faire pencher la balance?
[…]
Ils voyaient la présidence Clinton comme une vraie menace, et tout ce qu’ils pouvaient faire pour l’affaiblir en chemin, jeter le doute sur son élection et, plus tard, sa présidence, aurait été accueilli favorablement. Et au-delà de l’idée d’affaiblir Clinton, je pense que le plus grand avantage qu’ils voyaient à une interférence dans les élections, quelle qu’en aurait été l’issue, était simplement d’affaiblir les institutions mêmes de la démocratie américaine, et ce faisant de semer le doute, l’incertitude et le chaos. Le simple fait de jeter de la boue sur les rouages du système démocratique américain ne pouvait être que positif pour la Russie, quel que soit le résultat des élections.
[…]
Est-ce que l’affaire Donald Trump Jr. a changé votre opinion sur le scandale?
Non, pas vraiment. Je n’ai jamais pensé qu’une collusion ou que quelque chose d’approchant était improbable ou impossible, donc le voir dans le détail n’a pas été un choc. […]. Même si ce n’était pas un grand complot du Kremlin pour faire élire Donald Trump, et que c’était juste la collision d’escrocs de seconde zone et de parasites, le fait est qu’ils se sont retrouvés emmêlés là-dedans et qu’ils semblent avoir des contacts haut placés ici, à Moscou. […]
[…]
Ce qui m’a attiré l’attention, et là je parle de la période d’avant WikiLeaks, c’est que quelqu’un puisse écrire dans un mail à Donald Trump Jr.: «Il s’agit évidemment d’informations de très haut niveau et très sensibles mais cela vient de Russie et c’est un soutien du gouvernement pour Monsieur Trump» sans que personne ne cille ni ne demande «Mais de quoi diable parlez-vous?»
Cela pose une question qui à mon sens s’applique à tout un pan de l’histoire, qui est que les réponses à certains de ces mystères se trouvent en Amérique, à l’intérieur de la dynamique de la campagne de Trump et de la famille Trump. Pourquoi Donald Trump Jr. s’est avéré un conspirateur aussi mauvais et raté sans la moindre intelligence de la manière dont se conduisent les sales affaires de la politique, c’est davantage une question pour Trump Jr. Pourquoi il n’a pas réagi à quelque chose qui aurait dû faire réagir n’importe quel politicien sain d’esprit, ou n’importe quel citoyen américain.
[…]
L’interview complet : «Poutine n’aurait jamais pensé que les Américains seraient capables de s’infliger un truc pareil» | Slate.fr

Vu d’Allemagne. La nouveauté Macron, symptôme d’une France à bout de souffle | Courrier international

L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, quasi inconnu il y a peu, n’aurait pas pu se produire dans un pays en bonne santé, juge la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Ce changement radical rappelle celui qui se déroule aux États-Unis.

« Il y a quelques années encore prévalait cette règle d’or : les démocraties vivaient du centre ; les fortes fluctuations à droite ou à gauche n’étaient pas de bon augure et aussi ne se produisaient-elles guère. Aujourd’hui, cette règle semble avoir disparu. La droite et la gauche sont des points cardinaux qui s’estompent en politique. En France, comme dans les autres démocraties occidentales, règnent le chic de la radicalité, le glamour du chef, la promesse du révolutionnaire. Dans le pire des cas, cette promesse vient sous la forme d’un Donald Trump ; dans le meilleur, elle porte le nom d’Emmanuel Macron.Oui, le président français a l’étoffe d’un chef populiste. Son ascension est extraordinaire. Il a créé un mouvement populaire en un rien de temps. Son arrivée à la présidence et son époustouflante victoire aux législatives ne tiennent qu’à sa personne. Et tout ce pouvoir accumulé si vite doit mettre la puce à l’oreille. Comment un jeune homme politique peut-il, quasiment du jour au lendemain, rassembler un pays derrière lui ? Un système politique qui fonctionne ne s’effondre pas ainsi. Pour saisir l’ampleur de la révolution française qui est en train de se dérouler sous Macron, imaginez un instant que la CDU [Union chrétienne-démocrate, centre droit] et le SPD [Parti social-démocrate, centre gauche] passent à la trappe en un seul cycle électoral. Il se pourrait que quelque chose ne tourne pas rond. »

Source et la suite : Vu d’Allemagne. La nouveauté Macron, symptôme d’une France à bout de souffle | Courrier international
Source de l’image : Sur le cheval : “Syndicats”. Dessin de Tom, Pays-Bas.

Etats-Unis : un État en déliquescence

Le pourrissement de la politique américaine et l'élection de Donald Trump infectent l'ordre mondial et pourraient potentiellement provoquer un effondrement aussi grand que l'effondrement de l'empire soviétique.
Dans son article America: the failed state, paru en décembre 2016, Francis Fukuyama, auteur en son temps lors de la chute de l'empire soviétique d'un ouvrage ayant suscité la polémique et annonçant la Fin de l'histoire ainsi que le triomphe définitif du libéralisme et de la démocratie1, porte un jugement peu complaisant sur la situation résultant de l'élection en 2016 de Donald Trump :

« Donald Trump’s evolution from a buffoonish fringe candidate taken seriously by no one to the President-Elect of the United States is one of the most unexpected and traumatic events in recent US history. The effects are uncertain, but—in the worst case—they could lead to the US giving up entirely on global leadership, and the unravelling of the liberal world order it has done much to build since the 1950s. »

Il replace cette élection et ce qu'elle annonce en terme de nationalisme et d'autoritarisme en perspective en la reliant tant avec Recep Erdogan, le président turc qu'avec son homologue hongrois, Victor Orban. Cette évolution vers des démocraties populistes présente une menace évidente à l'encontre des libertés individuelles :

« with indignant nationalists riding the tide in so many places, we cannot preclude the possibility that we are living through a political disruption that will in time bear comparison with the collapse of Communism a generation ago. »

Au-delà de Trump lui-même, Fukuyama revient sur la crise de 2008 et de ses conséquences. Pour Fukuyama, la crise bancaire de 2008 a remis en cause l’autorité des élites qui ont créé ce système très risqué. Cette « faille dans le modèle », selon l'expression consacrée d'Alan Greenspan, minait l’expertise sur laquelle le pouvoir des élites reposait. Plus grave encore que l’échec de l’économie occidentale a été le sentiment d’injustice qui poussait dans son sillage. Le public a vu tous ces institutions et individus fortunés qui avaient bénéficié du système et qui étaient renfloués dans le même temps qu'étaient promulgués des projet de loi sous la forme de politiques d’austérité et d'augmentation du chômage. Aux États-Unis, ces effets déstabilisateurs ont été aggravés par une anxiété née du déclin de la puissance relative de la nation américaine.
Cependant, pour Fukuyama, le résultat de l'élection de Trump doit beaucoup au dysfonctionnement du système politique américain.
L’accusation que les grosses sommes d’argent et de puissants intérêts particuliers corrompent le Congrès et remplissent les poches des « élites » au détriment des citoyens ordinaires se retrouvait dans les propos des deux candidats outsiders de droite et de gauche, soit Donald Trump et Bernie Sanders.
Les deux ont vilipendé Hillary Clinton, présentée comme la personnification de ce genre de corruption. Ciblant des banques de Wall Street comme Goldman Sachs, la critique a atteint de nouveaux sommets avec Donald Trump qui a, en outre accablé comme corrompues tout un éventail d'institutions américaines, FBI compris.
De la sorte, le système politique américain est devenu dysfonctionnel alors que, pour Fukuyama, le problème est que les critiques comme celles de Trump et Sanders n'identifient pas correctement la source du problème et ne peuvent pas offrir de véritables solutions.
Fukuyama fait l'analyse que la polarisation idéologique et l’émergence de puissants groupes d’intérêt dans le système ont amené à la "vetocracy". À savoir, une situation dans laquelle des intérêts particuliers peuvent opposer leur veto aux décisions nuisibles pour eux-mêmes, tandis que l’action collective pour le bien commun devient extrêmement difficile à réaliser. La Vetocracy n’est pas fatale à la démocratie américaine, mais elle produit une mauvaise gouvernance :
« The American political system has undergone decay over recent decades as well-organised elites have made use of vetocracy to protect their interests. »
Conséquemment, les inégalités ont augmenté au cours de la dernière génération. Les chiffres sur la concentration des richesses et des revenus dans les 10 premiers pour cent des 1 % supérieurs sont bien connus. Ce qui était moins reconnu jusqu'à la campagne actuelle est ce qui se passait dans la vie des autres 99 %. C'est ainsi que l'ancienne classe ouvrière blanche souffre depuis trois générations de la désindustrialisation. Auxquels s'ajoute encore la situation des Afro-américains dans les centres-villes, des sans-papiers ou des autres minorités marginalisées.
Pour Fukuyama, en définitive, le succès du populisme en 2016 n'est pas surprenant. L'élite économique est responsable de la crise financière de 2008, mais c’était les citoyens ordinaires de classe ouvrière qui ont perdu leur emploi. L'absence d'une réponse des partis tant démocrate que républicain à la marginalisation économique de la classe ouvrière blanche coïncide avec leur marginalisation dans un système politique qui favorise ceux qui ont l’argent et l’État. La vraie surprise devrait être que le soulèvement populiste n’est pas venu plus tôt.
Concernant la présidence Trump, sur la question de l’inégalité et le sort de la classe ouvrière américaine, ses principales propositions — la renégociation d’accords commerciaux et de sévir contre l’immigration illégale — sont susceptible de produire les effets positifs qu’il promet, mais peut aussi susciter, pour Fukuyama, des représailles d’autres pays qui conduiront à une spirale à la baisse globale qui rappelle les années 1930.
Par ailleurs, la victoire des Républicains ne saurait masquer les contradictions importantes entre les tenants de la ligne Ryan, adeptes de la globalisation et de la réduction des dépenses sociales, et les supporters de Trump. Le premier champ de bataille potentiel sera le budget. Il peut déboucher sur le pire des deux mondes. A savoir, des nouvelles déductions fiscales pour les plus nantis et des coupes dans les programmes sociaux tels l'Obamacare, le tout combiné avec un protectionnisme et une flambée d'intolérance ethnique. À ce titre, pour Fukuyama et en décembre 2016,

« The appointment of Breitbart executive Steve Bannon as White House strategist and Republican National Committee Chair Reince Priebus as Chief of Staff are suggestive of exactly that sort of compromise. »

En terme idéologique, la victoire de Trump représente, pour Fukuyama, la dernière étape d'une transition mondiale vers nationalisme populiste, un modèle dont le sens est en train de devenir terriblement clair.
Cette tendance recouvre le Brexit et la montée des partis de droite anti-UE, anti-immigrés dans toute l’Europe. Dans un certain sens, ces événements — comme Trump — sont une réaction populaire à retardement à la mondialisation et les bouleversements économiques et culturels qu’elle a forgé au nom d’une liberté qui ne s’arrête pas à la frontière. Si cette tendance se poursuit ailleurs dans le monde, que nous vivrons dans une période très difficile de nationalismes concurrents et en colère.
Source de l'image d'en-tête : Donald Trump à la Convention républicaine de 2016. ©Action Press/Rex/Shutterstock
L'article : America: the failed state | Prospect Magazine
Prospect est un magazine mensuel britannique couvrant un large spectre de sujets, mais mettant l'accent sur la politique et l'actualité. Classé au centre gauche sur l'échiquier politique, il propose des sujets sur la politique britannique, la politique internationale, la psychologie, la culture, l'art, la littérature, la musique, le cinéma et il publie souvent des essais sur l'économie, les questions sociales, l'architecture, les médias, la science et les technologies.
Prospect a une rubrique « opinions » qui propose des contributions provenant d'un large spectre politique. (Source : Wikipedia)
Francis Fukuyama, né le 27 octobre 1952, à Chicago, est un philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain.
Intellectuel influent, très connu pour ses thèses sur la fin de l'histoire, Francis Fukuyama est actuellement professeur d'économie politique internationale à la SAIS de l'université Johns-Hopkins à Washington.
En 2004, il a servi dans l'administration Bush en tant que membre du Conseil présidentiel de bioéthique. Depuis le départ de Georges Bush, il préconise en relations internationales la promotion de la démocratie par le soft power. En 2006, Fukuyama déclare que ses idées se sont éloignées de celles des néo-conservateurs (America at the Crossroads et Francis Fukuyama (2006). "After Neoconservatism". The New York Times Magazine, 19 février). Il a ensuite soutenu en 2008 Barack Obama à l'élection présidentielle américaine. (Source : https://en.m.wikipedia.org/wiki/Francis_Fukuyama)

  1. S'inspirant des thèses d'Alexandre Kojève sur la « fin de l'histoire », Fukuyama affirme que la fin de la Guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme (concept de démocratie libérale) sur les autres idéologies politiques. Fukuyama est par ailleurs conscient que la chute du Mur, la dislocation du bloc de l'Est va entraîner d'importants troubles : la fin de l'Histoire ne signifie pas selon lui l'absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l'horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement.
    Le livre développe la thèse d'un article intitulé The End of History? (La Fin de l’Histoire ?) et publié en 1989 dans la revue The National Interest.

« Société du travail », triste tropisme

Après la Suisse et l'initiative sur le revenu universel, le débat s'est incarné dans la présidentielle française avec Benoît Hamon. Ce débat à le mérite de poser la question de la place et de la valeur du travail dans nos sociétés. Voici un extrait d'un article publié sur The Conversation et dû la plume de Xavier Philippe, enseignant-chercheur en sociologie du travail et gestion des ressources humaines.

Travailler sans le savoir, travailler sans le vouloir

On pourrait prendre au mot les arguments sur la « société du travail ». Le revenu universel va créer une société d’assistés. Le seul remède c’est de travailler plus gagner plus. Slogan ancien maintenant éculé mais recyclé à l’infini. Allez, chiche. Sauf que ce supplément de travail ne vous rapportera pas automatiquement un revenu. Par exemple, vous, lecteur(s) qui lisez ces lignes, vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes en ce moment même en train de fournir un travail. Qui va en plus créer de la richesse. Mais qui ne vous rapportera aucune rémunération immédiate. L’apparition du digital labor, implique que toute activité numérique entraîne une production de données qui sera à court ou à moyen terme génératrice d’un revenu pour ceux qui vont la collecter et non ceux qui en sont à l’origine1
Ainsi, quoi que vous pensiez de cette tribune, que vous la partagiez ou non sur un ou plusieurs réseaux sociaux et quoi que l’auteur de ces lignes vous incite à faire en la matière (soyez chics), vous produisez une donnée qui permettra à la fois d’alimenter des bases gigantesques mais également d’orienter les contenus qui vous seront proposés ultérieurement. Vous venez donc de travailler sans le savoir et peut-être même sans le vouloir. (…) Le travail ça doit se payer. Sauf que celui qui produit n’est pas nécessairement celui qui reçoit.
Le travail échappe largement maintenant à la sphère productive. Sauf que cette dernière est la seule valorisée socialement et politiquement. Il est donc nécessaire de changer de paradigme et de considérer que le travail n’est pas que le labeur, qui plus est celui qui correspond à un salaire. La « société du travail » n’existe pas car le travail c’est la société. Tout est donc travail. Le salarié, l’entrepreneur, mais aussi l’artiste, le retraité, le chômeur, l’étudiant, le bénévole, le militant, et même l’oisif, tous travaillent.
Mais pour certains, ce travail est socialement invisible, ou au mieux peu valorisé car considéré comme improductif, voire honteux. Réduire le temps de travail, instaurer un revenu universel, taxer les “robots”, sont de bonnes idées car elles permettent l’extension du domaine du travail. Emile Durkheim l’avait déjà compris, on ne peut pas séparer la société idéale de la société réelle. Vaste programme. On se met au travail ?
Lire l'article : « Société du travail », triste tropisme
Source image : « Work in progress ». Jonas Bengtsson/Flickr, CC BY

  1. Concernant le "digital labor", je me permets de vous renvoyer à mon billet précédent "Les codeurs sont les ouvriers du XIXe siècle" (https://www.politis.ch/carnets/2017/02/10/les-codeurs-sont-les-ouvriers-du-xxie-siecle-slatefr/)

28 janvier : et si Hamon ringardisait Mélenchon et Macron vampirisait Fillon ? #Présidentielle2017

Devant l’impact du #PénélopeGate, les analystes politiques prédisent maintenant un affrontement Macron-Le Pen au deuxième tour de la présidentielle française. Or, jusqu’à aujourd’hui, la leçon serait plutôt qu’il ne fait pas bon être favori dans cette campagne électorale, même pour Marine Le Pen.
Dès lors, je postulerai qu’il ne fait pas bon être favori dans le contexte français de cette élection et devant la désagrégation du paysage politique tel qu’il s’est construit dans le cadre de la Vème République. Et qu’il est plutôt prudent de ne pas se précipiter sur l’un ou l’autre scénario.
Ainsi, si le corps électoral français veut mettre en avant la logique du changement et que Benoît Hamon sort vainqueur de la primaire socialiste, Hamon sera le seul avec Emmanuel Macron a l’incarner un tant soit peu. Même si le risque de désintégration est fort pour le PS.
Il n’est donc pas interdit de penser qu’en étant désigné, Hamon ringardise, à l’étape suivante, Jean-Luc Mélenchon et qu’ensuite une partie des électeurs du PS ne soit plus tentée par le vote utile Emmanuel Macron. Surtout si ce dernier élargit son électorat sur les terres d’un François Fillon désormais exsangue et à l’agonie.
Il ne faut pas oublier que pour une bonne partie des électeurs PS, le vote Macron se fera par défaut et non par adhésion, contrairement aux cadres qui cherchent à préserver leur prébendes. S’il y a rupture chez les Socialistes, elle est peut-être autant, voire plus, entre les cadres, attachés à leurs postes, et les militants de base qu’entre deux visions du socialisme. Ainsi donc le risque de désintégration du parti ne serait pas forcément moins grande si c’est Manuel Valls qui était désigné ce dimanche. Surtout qu’un Parti de gauche sans militants n’a plus d’avenir.
Alors, dans le fond, après le scénario Macron – Le Pen au deuxième tour et les cascades de surprises auxquelles nous assistons jour après jour, soyons un peu fou et émettons un pronostic Hamon-Macron au deuxième tour.
Il ne faut pas oublier que l’axe Melanchon-Hamon-Macron représente dans les sondages plus de 40% des intentions de vote comparativement au 20 à 25% repectifs de la droite et de l’extrême-droite. Cela est d’autant plus remarquable pour la gauche après un quinquennat aussi pitoyable.
Plus que jamais les bons indicateurs résulteront non des sondages mais des capacités de mobilisation sur le terrain et les réseaux sociaux. Il s’agit d’un retour de la politique à l’ancienne qui n’est pas pour déplaire. C’est aussi là, plus que dans les adhésions d’apparatchiks que se mesurera vraiment le phénomène ou la bulle Macron.
Dans un autre ordre d’idée, il n’est ainsi même pas sûr que nous sommes actuellement spectateur de l’agonie finale de la Vème République. En effet, tous les protagonistes en sont les produits et ce n’en est pas le moindre des paradoxes que les produits les plus orthodoxes de cette Vème République soient ceux qui disent vouloir s’en distancier le plus à savoir Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
En effet, ces trois acteurs se sont auto-proclamés candidats et surtout candidats providentiels en opposition aux acteurs en place. C’est à ce titre exactement ce qu’avait fait François Mitterand en se posant en opposant au Général de Gaulle (relire François Mitterrand, 
Le Coup d’Etat permanent, Paris, Plon, 1964.) ou Jacques Chirac par rapport à Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy par rapport à Jacques Chirac et François Hollande contre Nicolas Sarkozy.
Auto-proclamés, car aucun des trois ne s’est soumis à une primaire et à un choix démocratique interne ou externe. Ils ont acté leur candidature en quelque sorte tout seul dans leur coin et ont mis leur partenaires devant le fait accompli.
A noter que Benoît Hamon, en sortant du gouvernement il y a deux ans et en se posant en opposant à Hollande a suivi la démarche usuelle des prétendants à l’Elysée et ici à la manière de Nicolas Sarkozy. Il est même plus frondeurs ou en rupture de Hollande qu’Emmanuel Macron.
Mise à jour (18:05) : 
Je lis Mediapart et je retrouve des éléments évoqués ici : Pour Benoît Hamon, c’est déjà presque lundi matin.

Benoît Hamon : le rêve nécessaire

L’analyse du taux d’engagement au sein des réseaux sociaux avait prédit l’ordre d’arrivée des trois principaux prétendants au deuxième tour (voir article précédent).
Pour l’explication politique du résultat, je laisse la parole à Laurent Joffrin pour Libération, propos auxquels je souscris :

Le rêve nécessaire
Il n’y a pas de gauche sans utopie. Il n’y a pas de gauche sans l’espoir qu’un jour, même lointain, le soleil brillera pour tout le monde. Sans cette part de rêve, sans cette perspective de long terme, le progressisme se ramène à une modalité gestionnaire, moins mauvaise que le laisser-faire, moins dangereuse que le retour au nationalisme, mais qui n’enthousiasme personne. C’est pour avoir négligé cette dimension essentielle que François Hollande, puis Manuel Valls, échouent à ranimer la flamme de la gauche. Le succès de Benoît Hamon, qu’on jugeait invraisemblable en début de campagne, n’a pas d’autre origine.

Lien : http://tre.emv3.com/HM?b=jD6MLJ6x5rOf4NPVK4o_DFvp8MhgpmVgJygk_6ifBPdtXlmqydO1QGIJsij60W38&c=8UcetK_c4S78OW9ZAJZU_w