Lecture : Les petites mains de l’intelligence artificielle

Pour Antonio A. Casilli, le remplacement des hommes par des robots n’est que pur fantasme. Derrière le monde virtuel, c’est une nouvelle précarisation du travail humain.

Bâti pour séduire investisseurs et consommateurs (et sur ce point parfaitement efficace), ce discours du remplacement ne résiste pas longtemps à l’enquête sérieuse d’Antonio A. Casilli.

« Derrière chaque plate-forme numérique se cache, en effet, démontre le sociologue, une armada de « travailleurs du clic » invisibilisés, délocalisés, précarisés. Les robots ne font pas disparaître le travail, ils l’occultent et, ce faisant, le reconfigurent dans des formes toujours encore désirables. En réalité, loin de libérer l’homme de la besogne, ils la lui « tâcheronnisent ». »

-À lire sur Les petites mains de l’intelligence artificielle | Le Monde

Antonio Casilli envisage trois évolutions possibles pour une reconnaissance sociale, économique et politique du digital labor :

« De Uber aux modérateurs des plateformes, le droit du travail classique — donc la requalification en salariat — pourrait permettre une reconnaissance de leur statut. Mais le travail dépendant n’est pas forcément la panacée. Aussi, on voit de plus en plus se développer des formes de plateformes coopératives où les usagers deviennent les propriétaires des moyens de production et des algorithmes. » Antonio Casilli voit toutefois des limites à ces deux évolutions. Pour lui, une troisième voie est possible. « Nous ne sommes ni les petits propriétaires, ni les petits entrepreneurs de nos données. Nous sommes les travailleurs de nos données. Et ces données personnelles, ni privées, ni publiques, appartiennent à tous et à personne. La vie privée doit être une négociation collective. Il nous reste à inventer et à faire émerger des institutions pour en faire un véritable bien commun. Internet est un nouveau champ de luttes » s’enthousiasme le chercheur.

-À lire sur : Enquête sur les travailleurs clandestins du clic | UP’Magazine

La présentation de l’éditeur :

L’essor des intelligences artificielles réactualise une prophétie lancinante : avec le remplacement des êtres humains par les machines, le travail serait appelé à disparaître. Si certains s’en alarment, d’autres voient dans la « disruption numérique » une promesse d’émancipation fondée sur la participation, l’ouverture et le partage.

Les coulisses de ce théâtre de marionnettes (sans fils) donnent cependant à voir un tout autre spectacle. Celui des usagers qui alimentent gratuitement les réseaux sociaux de données personnelles et de contenus créatifs monnayés par les géants du Web. Celui des prestataires des start-ups de l’économie collaborative, dont le quotidien connecté consiste moins à conduire des véhicules ou à assister des personnes qu’à produire des flux d’informations sur leur smartphone. Celui des microtravailleurs rivés à leurs écrans qui, à domicile ou depuis des « fermes à clic », propulsent la viralité des marques, filtrent les images pornographiques et violentes ou saisissent à la chaîne des fragments de textes pour faire fonctionner des logiciels de traduction automatique.

En dissipant l’illusion de l’automation intelligente, Antonio Casilli fait apparaître la réalité du digital labor : l’exploitation des petites mains de l’intelligence « artificielle », ces myriades de tâcherons du clic soumis au management algorithmique de plateformes en passe de reconfigurer et de précariser le travail humain.

« En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic », d’Antonio A. Casilli, Seuil, 400 p., 24 euros.

Lien : http://www.seuil.com/ouvrage/en-attendant-les-robots-antonio-a-casilli/9782021401882

Quand Chappatte irrite Fox News


Le coup de crayon de Patrick Chappatte vise souvent fort et juste. Ce week-end, il a fortement irrité la très conservatrice chaîne américaine Fox News. Cause du grief: un dessin publié vendredi sur le site du New York Times représentant le président, Donald Trump, en compagnie de militaires aux abords de la frontière mexicaine. «Je me suis enrôlé pour combattre au Moyen-Orient», clame un soldat. «Pas pour les midterms», souffle un autre.
Quand Chappatte irrite Fox News – Le Temps

« C’est notre café à nous » : quand le McDo remplace le troquet du coin

Le Monde consacre un article très intéressant sur la place qu’occupe le McDo dans la France suburbaine, voire rurale.
Il y avait déjà eu des analyses sur le rôle des Mole comme substitution à la place de ville ou du village et maintenant sur le McDo comme remplacement au café du village. Mais c’est aussi parfois le constat d’une faillite des politiques locales comme le montre l’exemple alternatif de Grégory Gendre sur l’île d’Oléron.

Et si des jeunes y fument leurs joints en terrasse, c’est que le McDo est devenu un espace de vie, parfois le seul qui reste. Haut moulant, créoles et eye-liner marqué sur les paupières, Chloé commente l’expulsion des squatteurs de toboggan : « Ils sont dans mon lycée, et c’est vrai qu’on vient tout le temps là pour le déjeuner, c’est juste en face », dit-elle en montrant le vaste établissement de l’autre côté du parking, le lycée Jean-Monnet, qui accueille près de 2 000 élèves venus de toute la région. « On n’a nulle part où aller quand on n’a pas cours. Quand on en a marre de faire des tours dans le Auchan d’à côté, ou de s’asseoir sur les pneus derrière le Norauto, le McDo c’est bien, c’est notre café à nous. »

Cependant, certains proposent d’autres manières de créer du lien social dans des zones non urbaines et tentent de résister au McDo :

Quand on le contacte en cette fin octobre, Grégory Gendre vient encore de perdre devant la cour administrative d’appel de Bordeaux. Ancien de Greenpeace devenu maire écologiste du village de Dolus-d’Oléron sur l’île du même nom en 2014, il s’est empressé de tenter de bloquer le permis de construire du nouveau McDonald’s qui devait s’installer. A la place, il a lancé le McDol, un tiers lieu, de ces espaces où « l’on peut rester tout le temps qu’on veut, avoir accès gratuitement au Wi-Fi et des prix accessibles » dans une ancienne colonie de vacances de sa commune.

— À lire sur mobile.lemonde.fr/m-perso/article/2018/11/02/le-mcdo-a-remplace-le-cafe-du-village_5378096_4497916.html

Royaume-Uni. Brexit. Le coup de poker manqué de Theresa May | Courrier international

La Première ministre britannique a proposé d’emblée un projet de divorce qu’elle savait incompatible avec les attentes européennes. Avec la déroute de Salzbourg, elle en paie désormais les conséquences, estime The Guardianopposé au Brexit.

« La fin de non-recevoir infligée au plan dit de Chequers par le président du Conseil européen était un coup dur prévisible et qui aurait donc pu être évité. C’est un camouflet pour la Première ministre, qui a mis en jeu sa réputation en voulant parvenir à un accord définitif avec l’Union européenne selon les règles qu’elle avait elle-même fixées cet été.
Le plan de Chequers était un pari très risqué : le résultat de mois de négociations internes désagréables sur lesquelles, selon Theresa May, il serait impossible de revenir parce que toute autre solution aboutirait forcément à un “no-deal” avec des conséquences catastrophiques. Ce coup de bluff a été déjoué par le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a asséné que le plan de Chequers “ne marchera pas.”»

Source : Royaume-Uni. Brexit. Le coup de poker manqué de Theresa May | Courrier international

Bob Woodward : Je crois en notre pays. Et parce que vous êtes notre président, je vous souhaite bonne chance

Bob Woodward, respecté journaliste y compris par Trump qui l’avait loué relativement à son livre précédent consacré aux guerres de Barack Obama, sort le 11 septembre prochain un livre sur la présidence de Trump. Il est intitulé Fear: Trump in the White House. (Peur : Trump à la Maison Blanche).
Il faut noter que Bob Woodward a réalisé cet exercice avec plusieurs présidents américains tant républicains que démocrates sans jamais les ménager. Il en a été ainsi avec son livre paru en 2011 sur les guerres de Barack Obama.
Avant la parution de cet ouvrage, Donald Trump a téléphoné à Bob Woodward pour tenter d’infléchir le journaliste. Bob Woodward, avec l’accord du président, a enregistré cet entretien que le Washington Post a publié sur son site. Je vous invite à le consulter notamment pour l’attitude à la fois ferme et éminemment respecteuse avec laquelle Bob Woodward s’adresse à Donald Trump. C’est tout simplement remarquable :
https://www.washingtonpost.com/video/politics/exclusive-listen-to-trumps-conversation-with-bob-woodward/2018/09/04/6de5355c-b053-11e8-8b53-50116768e499_video.html?utm_term=.fecdb76522e9
Remarquable jusqu’à la prise de congé finale :

  • Donald Trump : Ce qui est juste c’est que personne n’a fait un meilleur travail que moi en tant que président.
  • Bob Woodward : Je crois en notre pays. Et parce que vous êtes notre président, je vous souhaite bonne chance.

L’entrée en matière où Bob Woodward demande l’autorisation à Donald Trump d’enregistrer la conversation démontre aussi le très grand professionnalisme du journaliste et aussi la fiabilité de son travail.

Décès de l’économiste Samir Amin (1931-2018), théoricien de la «déconnexion» et du «développement inégal»

L’économiste franco-égyptien Samir Amin est décédé le 12 août 2018 à Paris, à l’âge de 86 ans. Ce théoricien du « développement inégal » n’avait jamais renoncé à ses convictions puisées dans le marxisme. Samir Amin a été l’une des grandes figures du marxisme du XXe siècle qu’il a appliqué aux problèmes du sous-développement. Le Groupe d’études géopolitique a été reçu par Samir Amin en avril 2018 dans son appartement parisien pour une longue conversation sur sa trajectoire, son œuvre et ses analyses du monde contemporain. Extraits.

Groupe d’études géopolitiques. – Que signifie, pour vous, être marxiste?
Samir Amin – «Les grands problèmes amorcés par Marx concernent la vraie nature du capitalisme. Seul Marx a posé cette question dans tout le XIXe siècle et même au-delà. Personne d’autre n’a compris l’essentiel du capitalisme, et pas seulement le capitalisme de son temps, mais le capitalisme de manière générale. Comme je le souligne dans un chapitre de mon livre sur la Révolution d’Octobre, bien que Marx fût très conscient, en homme intelligent et cultivé, de l’adaptation du système aux circonstances de lieu et de temps, ce que le Capital nous donne à lire, ce n’est pas une histoire du capitalisme, mais une théorie du capitalisme, et c’est cette lecture-là qui a été essentielle dans ma vie.
J’ai été un lecteur attentif de Marx dans ce sens que j’ai lu tout Marx, pas seulement le Capital, les Grundrisse, etc. mais les œuvres politiques, le Dix-huit Brumaire, la Guerre civile, etc. Tout Marx. C’est amusant, je l’ai lu quatre fois dans ma vie un peu systématiquement : à vingt ans, quarante ans, soixante ans et quatre-vingts ans. Le hasard a fait correspondre ces lectures à des moments de transformation importante dans le monde. À vingt ans, c’était la fin de la Seconde guerre mondiale. À quarante, c’était Bandung et la reconquête des indépendances nationales. À soixante, c’était l’effondrement de l’URSS et la fin du maoïsme. À quatre-vingt, c’était la grande crise actuelle. Je l’ai lu à chaque fois pour m’en servir, pour voir comment il m’aiderait à comprendre mon temps. Marx n’est ni un prophète préscient, ni un génie qui aurait écrit une œuvre pour l’éternité, mais tout simplement le meilleur – et je dirais même le seul – analyste sérieux et réel du capitalisme, précisément parce qu’il n’était ni un économiste, ni un philosophe, ni un sociologue, mais tout cela en même temps.
[…]
La réponse magistrale de Marx est de caractériser le capitalisme comme le premier système fondé sur le marché généralisé. Le travail devient une marchandise, le capital lui-même devient une marchandise sous forme financière. Il en va de même de la nature, et notamment de la terre. Le travailleur, transformé en marchandise, vend sa force de travail, mais, prisonnier de l’aliénation capitaliste, il croit vendre son travail lui-même. S’il travaille huit heures, il est formellement payé pour huit heures, mais ce salaire lui permet d’acheter des produits ou des services qui n’ont coûté à la société que quatre heures. C’est le fondement de l’exploitation.»
Sur la crise économique actuelle :
Samir Amin – «[La crise] ne commence pas en 2007 avec l’effondrement financier bien connu, elle commence en 1975. Nous n’avons été qu’une poignée à l’époque à le voir. D’abord Paul Sweezy, Harry Magdoff, et moi, rejoints quelques mois plus tard par André Gunder Frank et quelques camarades italiens de Rome. Nous avons constaté, à l’époque (cela a été publié en 1977 en anglais), que les taux de croissance étaient tombés à la moitié de leur niveau de long terme dans les pays du centre, de 5 % à 2,5 % en moyenne. Cela a des conséquences profondes, et les taux d’investissement par rapport au PIB ne se sont jamais remis depuis. Aujourd’hui, quand le taux de croissance allemand passe de 2,1 à 2,2 %, on dit que la crise est terminée, mais c’est à mourir de rire. […]
On peut dire que la crise débute en 1971 avec la suspension de la convertibilité du dollar. Mais l’essentiel, c’est le développement du capitalisme des monopoles. Les monopoles existaient avant, mais nous sommes arrivés à un stade – c’était l’idée principale de mon livre sur l’Implosion du système capitaliste – que j’ai appelé celui des monopoles généralisés, où les monopoles ont réduit au statut de sous-traitants de facto toutes les formes de la production qu’ils ne dirigent pas directement eux-mêmes.
L’exemple par excellence, ce sont les paysans, pris en tenailles entre les monopoles de leurs fournisseurs de pesticides et d’OGM en amont, et les grands monopoles de commercialisation en aval. Mais c’est une situation générale. La voilà, la réalité du soi-disant néolibéralisme.»
Source : Nous avons rencontré Samir Amin – Le grand continent
Source de l’image : Wikipedia

Une loi qui dit la vérité sur Israël – Bon pour la tête

La nouvelle loi adoptée à une courte majorité par le Parlement israélien le 18 juillet est «d’une portée historique» selon le Premier ministre Netanyahou. Elle réduit encore les droits des Arabes établis dans le pays (un cinquième de la population) et renforce l’appui aux colonies en Cisjordanie occupée. Des protestations internationales s’élèvent. Mollement. Mais c’est en Israël même que ce texte suscite les plus vives réactions. Avec infosperber, Bon pour la tête a publié l’article du grand journaliste Gideon Levy, de Haaretz. Extrait.

La Knesset s’apprête à promulguer l’une de ses lois les plus importantes, et la plus en phase avec la réalité. La loi de l’Etat-nation précisera le terme vague de nationalisme israélien, ainsi que la nature du sionisme actuel. Elle va également mettre fin à la vaste plaisanterie qui voudrait qu’Israël soit «juif et démocratique». Une combinaison qui n’a jamais existé et ne l’aurait jamais pu, à cause de la contradiction entre les deux valeurs qui ne peuvent être liées sans mentir.
Si l’Etat est juif, il ne peut pas être démocratique, puisqu’il ne considère pas l’égalité des droits entre les citoyens. S’il est démocratique, il ne peut pas être juif, puisqu’une vraie démocratie ne peut pas prévoir des privilèges basés sur l’appartenance ethnique. Du coup, la Knesset a tranché: Israël est juif. Israël s’autoproclame Etat-nation du peuple juif – pas l’Etat de ses citoyens, ni l’Etat des deux peuples qui y vivent – et a, de fait, cessé d’être une démocratie égalitaire, pas seulement en pratique, mais également en théorie. C’est pourquoi cette loi est si importante. Il s’agit d’une loi sincère.
Le tumulte qui s’est élevé autour du projet de loi avait pour but d’entretenir la politique d’ambiguïté nationale. Le président et le procureur général, prétendus gardiens de la décence, ont protesté et ont reçu le soutien des libéraux. Le Président s’est écrié que cette loi représenterait «une arme dans la main des ennemis d’Israël» et le procureur général a mis en garde contre ses «répercutions internationales» (…)
Leur opposition était basée surtout sur la crainte de voir Israël ridiculisé aux yeux du monde. Cependant, le président Reuven Rivlin s’est élevé d’une voix forte et courageuse contre la clause qui autorise  désormais les communes à examiner les résidents et leur attitude à l’égard du régime avant d’autoriser leur admission. Mais la plupart des libéraux étaient simplement horrifiés à l’idée de voir la réalité explicitement formulée dans la loi.

Gideon Levy, né en 1953 à Tel-Aviv, est un journaliste et écrivain israélien, membre de la direction du quotidien Haaretz.
Source et lire la suite : Une loi qui dit la vérité sur Israël – Bon pour la tête

Une poursuite menace le fonctionnement de la National Rifle Association | ICI.Radio-Canada.ca

Voilà une nouvelle estivale réjouissante! Et félicitations au gouverneur Andrew Cuomo pour son initiative.

La National Rifle Association (NRA), le lobby américain des armes à feu, dit être aux prises avec de graves problèmes financiers qui menacent la capacité du groupe à défendre les intérêts de ses membres à la suite de gestes posés par le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, et les agences de réglementation de l’État.
Dans une version amendée d’une poursuite fédérale intentée en mai, la NRA affirme avoir perdu ses services d’assurance en raison des démarches effectuées par l’État de New York auprès des entreprises soutenant un programme d’assurance propre à la NRA intitulé Carry Guard.
Cette police d’assurance vise à rembourser les coûts juridiques que doivent payer les membres de la NRA après avoir utilisé une arme possédée légalement.
En mai, l’État de New York a jugé que Carry Guard « offrait illégalement une protection juridique aux propriétaires d’armes à feu pour des méfaits commis intentionnellement ».
Les assureurs travaillant en partenariat avec la NRA ont par la suite accepté de cesser d’offrir cette police et ont dû payer une amende de 7 millions de dollars américains.

Source : Une poursuite menace le fonctionnement de la National Rifle Association | ICI.Radio-Canada.ca