Trump : Une «présidence Snapchat» ?

Depuis sa campagne, pendant la transition et probablement pendant sa présidence, Donald Trump rompt avec les codes habituels de la communication politique. Le blog "An 2000" de Vincent Glad nous propose differentes pistes d'analyse interessantes de son utilisation des médias sociaux.

La parole présidentielle n’est plus destinée à être fixée dans le marbre, mais se perd aussitôt dans le flux, une fois que la prochaine vague médiatique a déferlé. Le New York Times parle ainsi d’une «présidence Snapchat»: «[Les déclarations de Trump] devraient probablement être traitées moins comme des propos politiques et plus comme des Snaps. Ils existent pour attirer l’attention sur le moment, puis ils disparaissent».
Ce mode de prise de parole dans l’instantané du flux permet une autre caractéristique du trumpisme: le droit fondamental à la contradiction, puisque rien n’est jamais vraiment gravé. En ce sens, Trump, qui a bien compris comment fonctionne les réseaux sociaux (un contenu n’est pertinent que sur le moment, dans son contexte de publication) tue dans l’oeuf le fact-checking journalistique qui se borne à considérer que la parole politique est d’or et qu’elle ne peut être contredite ultérieurement.

Au final, l'article presente Trump comme étant lui-même un média :

Avec Trump, «le medium n’est pas seulement le message, c’est aussi le bureau», écrit joliment la Columbia Journalism Review. Le bureau d’un futur président des Etats-Unis.

Et il s'inspire, entouré de Steve Bannon, ancien rédacteur en chef de Breitbart.com, devenu chief strategist à ses côtés à la Maison-Blanche, de la stratégie mise au point par la Russie :

Les Russes ont Russia Today pour mener la guerre médiatique à l’international, Trump a son compte Twitter pour le seul champ de bataille qui l’intéresse: les Etats-Unis.

L'article en conclut qu'il reste maintenant à savoir si Trump pourra continuer à tweeter ainsi en étant à la Maison-Blanche. Il semble penser que oui.
Source : C'est quoi son PUTAIN DE DÉLIRE à Trump sur Twitter ?!!!!!!

Géopolitique de « Rogue One » (ou comment dire au revoir à l’Amérique)

Vincent Lowy, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Lorraine, nous offre une brillante et fouillée analyse de la serie Star Wars et plus particulièrement de son dernier avatar «Rogue One».

Dark Vador, idole affichée de Steve Bannon.  Pixabay
Dark Vador, idole affichée de Steve Bannon. Pixabay

Pour Lowy, Rogue One est un des premiers jalons culturels de l’ère Trump. Ce film est au leader populiste ce que Hairspray (2007) a été à Obama : un retentissant manifeste pour l’Amérique à venir.

Hanté par les fantômes numériques d’acteurs disparus, ce film boucle une boucle absurde et autoréférentielle, concluant implicitement à l’impossibilité d’un avenir commun dans une Amérique déchirée, où couve une guerre civile de basse intensité.

Alors que

le modèle des premiers films de la saga était en réalité le cinéma rooseveltien de l’âge d’or, en particulier les films de Frank Capra : La guerre des étoiles, c’est Monsieur Smith au Sénat. Les sénateurs corrompus et les prévaricateurs professionnels doivent s’incliner devant l’idéalisme boy-scout et l’exercice d’une presse indépendante. Seul le retour in extremis aux valeurs des pères fondateurs d’un certain nombre de figures nixoniennes et mélancoliques permet de maintenir la foi dans la République.

Si comme le suggère Ian Doscher cité par Lowy, les rebelles de Rogue One ont l’allure des terroristes qui minent le moral de l’Occident et des gagnants de la mondialisation,

c’est que la dépression post-11 septembre touche désormais au cœur du narcissisme américain et de son envahissante psyché. Il n’y a désormais plus de conversion possible dans cette Amérique en guerre contre elle-même, où les médias traditionnels sont supplantés par des sites conspirationnistes qui menacent leur rôle historique de gardien de la démocratie.

Lowy en conclut que

Dans ce monde-là, les mauvais pères sont appelés à le rester…

À lire : Géopolitique de « Rogue One » (ou comment dire au revoir à l’Amérique)
Prolongement : Les paradoxes temporels du nouveau « Star Wars »

Le web et les réseaux sociaux, de bons thermomètres de l’opinion politique

Si la web analytics (l’analyse d’audience des sites) et le social media monitoring (l’analyse des données des réseaux sociaux) sont pratiquées couramment pour les entreprises, ces approches demeurent balbutiantes à des fins d’analyse sociopolitique. Pourtant, des données des sites et réseaux sociopolitiques sont disponibles qui permettent d’analyser de façon documentée cette arène importante du débat politique aujourd’hui. Les études empiriques diversifiées menées depuis l’été 2016 mettent en évidence la faisabilité, la crédibilité et l’intérêt de ces approches.
L'article de The Conversation s'intéresse à deux exemples récents :

  • la primaire française de la droite et du centre
  • l'élection présidentielle autrichienne.

Pour comprendre l’enjeu du débat, il faut préciser que la communication sur les social media se mesure de trois façons : l’audience, l’activité et l’engagement1.
Tant dans le cas de la primaire de la droite que de l'élection présidentielle autrichienne, l'engagement (le nombre de «j'aime», de partage, de retweet et de commentaires) est, pour Antoine Bevort, auteur de l'article, est l'indicateur le plus significatif et annonçait soit l'importante progression de François Fillon à fin octobre-début novembre que la victoire d'Alexander Van der Bellen à la présidentielle autrichienne. Alors même dans le deuxième cas que l'audience des deux sites des candidats donnait l'avantage à Norbert Hofer.
Les résultats du premier tour de la primaire du Parti socialiste français du 22 janvier prochain fournira un nouvel exemple concret en la matière. Actuellement, dans la primaire du parti socialiste en cours, Benoît Hamon suscite le plus d’intérêt à la fois par le rang de son site et le nombre d’interactions suscitées sur les réseaux sociaux.
A suivre donc, mais pour Antoine Bevort, "les deux exemples précédents rendent cette hypothèse plus crédible que les prévisions des sondages."
A suivre donc avec intérêt.
L'article : Le web et les réseaux sociaux, de bons thermomètres de l’opinion politique

  1. Les outils utilisés pour les différentes mesures sont le programme Alexa pour les données des sites, et Semrush pour les données sur les réseaux numériques. Les données d’Alexa permettent de classer les sites politiques, tandis que le Social Media Tool de Semrush fournit des données détaillées sur les réseaux sociaux.

Trump accusé d'être une marionnette aux mains du Kremlin

Un étrange rapport, vieux de quelques mois, raconte que Moscou « tiendrait » le futur président des États-Unis en raison de frasques sexuelles enregistrées. Les agences de renseignements américaines, qui ont briefé Obama, Trump et des élus sur ce mémo, veulent-elles embarrasser le milliardaire ?

Doanld Trump dans l'ascenseur de sa Trump Tower le 9 janvier 2017. © Reuters
Doanld Trump dans l'ascenseur de sa Trump Tower le 9 janvier 2017. © Reuters

Je retiens :

« La présidence Trump va permettre de tester un certain nombre de théories de sciences politiques, notamment celle estimant que les institutions sont plus fortes que les individus, estime l’universitaire américain spécialiste des relations internationales Philip Golub. De la même manière qu’Obama n’est pas parvenu à mener à bien ses réformes en raison de l’opposition du Congrès, des lobbies ou de la Cour suprême, on va découvrir si les institutions américaines, qui sont grippées et rétives au changement, parviendront à bloquer les idées les plus radicales de Donald Trump. » Les agences américaines de renseignements, plus habituées à organiser des coups d’État à l’étranger qu’à domicile, ont-elles décidé de « plomber » le gouvernement Trump parce qu’elles jugent l’homme instable ou dangereux, ou parce qu’elles sont inquiètes de voir le commander in chief frayer de trop près avec le Kremlin ?

L'article : Trump accusé d'être une marionnette aux mains du Kremlin | Mediapart

Place du témoignage et place de l'histoire : Le Tournant, quand la gauche a cessé de rêver

Matthieu Tracol nous propose une très intéressante analyse fouillée du documentaire, diffusé le 29 octobre dernier, sur Public Sénat, et intitulé Le Tournant, quand la gauche a cessé de rêver. Outre les informations concernant la politique de la gauche française au pouvoir à partir de 1981, son analyse permet de replacer les rôle des témoignages dans un travail d’historien et les effets de l’absence d’une telle contextualisation historique dans un documentaire télévisuel.
Réalisé par les journalistes Tristan Dessert et Clément Lacombe, Le Tournant, quand la gauche a cessé de rêver est consacré au « tournant de la rigueur » de 1983 (la bande-annonce est ici). Le deuxième élément est une tribune de la sociologue Dominique Méda, publiée dans Le Monde en réaction à l’élection de Donald Trump, et dans laquelle elle fustige les multiples renoncements de la gauche de gouvernement (américaine, européenne et française) à ses combats historiques. De manière significative, les exemples qu’elle égrène à l’appui de sa démonstration commencent avec le tournant de 1983, lorsque la gauche accepta « de se soumettre à une Europe qui ne parvenait pas à devenir politique », et abandonna la défense de « l’intérêt du paradigme keynésien ».
Ces deux exemples montrent à quel point l’épisode de 1983 a été construit mémoriellement comme le moment d’un basculement politique majeur… et à quel point il fait l’objet de reconstructions a posteriori, et d’interprétations plaquées. Chacun à leur manière, le documentaire de Public Sénat et la tribune de Dominique Méda témoignent d’une telle cristallisation. Le « tournant » de 1983 fait décidément l’objet de toutes les attentions. Allons nous aussi y regarder de plus près.
Lire la suite : A PROPOS DU DOCUMENTAIRE TÉLÉVISÉ LE TOURNANT. QUAND LA GAUCHE A CESSÉ DE RÊVER

Ingérence russe : un rapport extraordinaire | Richard Hétu

Morceau choisi :

le rapport constitue un document extraordinaire. Il a d’abord pour effet de miner la légitimé du président qui est à la veille diriger les services de renseignement américains, comme le souligne le New York Times dans un article publié aujourd’hui sur six colonnes à la une. Il explore en outre de long en large la propagande et la désinformation émanant de RT, un média auquel le général retraité Michael Flynn, conseiller de Trump pour la sécurité nationale, a souvent collaboré.

L'editorial de Richard Hétu : Lien

Lawrence Lessig : "La segmentation du monde que provoque Internet est dévastatrice pour la démocratie"

Pour le professeur de droit à Harvard et penseur du net, il y a urgence à reconstruire des espaces communs de discussion. L'exemple d'écriture de la Constitution islandaise réalisée par crowdsourcing devrait, pour lui, être étendue largement.

Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard, penseur d’Internet et initiateur de la licence Creative commons• Crédits : Chip Somodevilla – AFP

Depuis quelques mois vous êtes installé en Islande. Le pays a notamment expérimenté une nouvelle manière de réécrire sa Constitution. Qu’est-ce qui vous intéresse dans le processus politique à l’oeuvre là-bas ?

Les Islandais ont répondu à la crise financière de 2008 en lançant un projet incroyable de nouvelle Constitution «crowdsourcée»,élaborée par les citoyens. A la première étape, mille personnes sélectionnées par tirage au sort ont travaillé sur ce que devaient être les valeurs du texte. Ensuite, 25 personnes sélectionnées pour former une Assemblée ont passé quatre mois à écrire. C’est à peu près le temps qu’il a fallu aux Américains pour rédiger leur Constitution, mais la différence ici, c’est que chaque semaine ils ont posté leurs ébauches sur Facebook. Il y avait des retours et commentaires des personnes en Islande mais aussi à travers le monde entier. Cette dynamique a produit, au final, une très belle Constitution, approuvée par les deux tiers de la population.
De mon point de vue, on a là tous les éléments dont une démocratie citoyenne a besoin : un échantillon représentatif de la population qui donne des informations sur lesquelles délibérer ; des experts pour aider à mener un travail sérieux et qui n’étaient pas des “insiders”. Il y avait aussi une règle très intéressante : chaque décision devait être prise par consensus, sans vote. Il n’était donc pas possible de juste créer des camps : il fallait travailler avec les gens, obtenir de la compréhension, des compromis. Et le texte a été approuvé à une très large majorité – pas comme le Brexit où 52 % suffisent à ce que la Grande-Bretagne saute de la falaise.
Ce qui m’intéresse, c’est de réfléchir à la façon dont on pourrait reproduire ce type de processus dans d’autres démocraties à travers le monde.
(…)
J’aimerais vraiment que ce qui s’est passé en Islande puisse se développer autour de cette question : comment rendre à nouveau la démocratie véritablement représentative ?
Source : Lawrence Lessig : "La segmentation du monde que provoque Internet est dévastatrice pour la démocratie" | France culture

Pour un populisme numérique (de gauche)

Un article fort intéressant d’Evgeny Morozov dans Le Monde diplomatique de décembre 2016 concernant nos données numériques.
À partir du constat suivant :

À l’heure actuelle, cinq compagnies américaines — le chinois Baidu étant le seul concurrent étranger digne de ce nom — ont déjà extrait, traité et digéré une grande partie des données mondiales. Cela leur a permis de développer un savoir-faire avancé en matière d’IA et de s’assurer ainsi la mainmise sur une part fondamentale de l’infrastructure numérique globale.

Deux stratégies ont été proposée.
Premièrement des démarches alternatives d’organisation coopératives :

Il est possible pour une coopérative de chauffeurs dans une petite ville d’élaborer une application qui les aide à déloger Uber au niveau local. En revanche, il est impossible pour cette même coopérative locale de construire une voiture qui se conduise seule : récolter et analyser toutes les données pour cela requiert des investissements massifs et une infrastructure dédiée. On peut aussi, bien sûr, créer des coopératives de propriété des données, mais il est peu probable qu’elles se développent au point de rivaliser avec Google ou Amazon.

La deuxième consisterait à démanteler les grandes firmes technologiques ou à réduire leur taille, mais
Dix mille start-up, dont chacune posséderait une part minuscule de l’empire de Google, ne seraient pas plus capables de produire une voiture qui se conduise seule.

Pour Evgeny Morozov, il n’existe à gauche qu’une seule alternative :

Le populisme économique du XXIe siècle ne peut plus reposer sur la rhétorique de l’amélioration de la concurrence. Un bien meilleur programme pour les populistes de gauche serait d’insister sur le fait que des données sont un bien essentiel, infrastructurel, qui devrait nous appartenir à tous ; elles ne devraient pas tomber entre les mains des sociétés. […] Au lieu de payer à Amazon un droit d’accès pour utiliser ses capacités en IA — élaborées à partir de nos données — nous devrions réclamer à Amazon de nous payer ce droit.

L’article : http://blog.mondediplo.net/2016-12-15-Pour-un-populisme-numerique-de-gauche

François Fillon ou les leçons des primaires ou des premiers tours

Alors qu’Alain Juppé faisait figure de favori avant le premier tour des primaires, l’œil fixé sur le second tour de la présidentielle, François Fillon a bousculé le scénario écrit et ceci dès le premier tour. Leçon de primaire ou de premier tour.
Depuis sa désignation de dimanche dernier, les journalistes politiques s’intéressent à la composition de électeurs de François Fillon. Ainsi,la composition du corps électoral de cette primaire des Républicains laisse entrevoir des surreprésentations que certains jugent préoccupantes. En effet, lors de ce deuxième tour de la primaire (dimanche 27 novembre), se sont surmobilisées dans les bureaux de vote les hommes (60%, +12 points par rapport à la population nationale), les personnes âgées de 65 ans et plus (41%, +17 points), les retraités (45%, +17 points), les classes moyennes et supérieures (26%, +3 points). Peut-on dès lors gloser sur le fait que les gens qui touchent déjà leur retraite (notamment les 65 ans et plus) se sont montrés favorables à un candidat qui veut repousser l’âge de la retraite? «C’était le suffrage des gens qui sont, socialement, à l’aise et à droite pour schématiser», glisse encore Jean-Daniel Lévy dans 24Heures (01.12.2016).
Est-ce grave docteur pour François Fillon ? Peut-être à en croire certains analystes. Dans le même temps, cette composition de l’électorat est proche de celle qui a élu Nicolas Sarkozy en 2007. Pour rappel, Nicolas Sarkozy l’avait emporté face à Ségolène Royal grâce au vote des plus de 60 ans. Ceux-ci étaient certainement et également surreprésentés lors de ce scrutin (https://www.politis.ch/carnets/2007/05/07/les-jeunes-avec-segolene-royal/).
Plus largement, la leçon de cette primaire et celle des premiers tours d’une élection majoritaire reste qu’il importe dans un premier temps de réunir et mobiliser son électorat de gauche ou de droite autour de sa candidature ou de son candidat pour un parti avant de se préoccuper d’aller à la pêche au centre.

Une leçon à méditer pour la gauche française (http://www.slate.fr/story/130193/renoncement-hollande-acte-dechirures-gauche) comme pour le Parti socialiste vaudois ces prochaines semaines.

Un 11-Septembre politique  | Mediapart

Au-delà des monstruosités multiples de sa campagne, Donald Trump a aussi parfaitement réussi à trianguler ces thématiques pouvant être portées par une partie de la gauche, ce qui a été moins souligné : dénonciation des accords de libre-échange ; dénonciation du dumping social ; promesses de protection du salariat ; dénonciation d’une oligarchie financière mais aussi de ses entreprises guerrières. Que cela ait pu être porté par un milliardaire affairiste, raciste, sexiste et xénophobe ne fait que rajouter au grand désastre du camp progressiste

Source : Un 11-Septembre politique – Page 1 | Mediapart