Guerrière : les amazones du néo-nazisme

Mêlant chronique sociale (fruit de deux ans d’enquête du réalisateur dans les milieux néonazis) et structure tragique (le film s’ouvre sur une image de l’héroïne se vidant de son sang), Guerrière, le premier film de David Wnendt, dresse un tableau inquiétant de la jeunesse est-allemande d’aujourd’hui et de la résurgence des nostalgiques du Troisième Reich.

Guerrière suit les trajectoires croisées de deux personnages féminins aux prises avec le néo-nazisme : Marisa, vingt ans, bloc de violence brute affichant fièrement les croix gammées tatouées sur sa poitrine, va petit à petit se détacher du groupuscule dont elle est l’un des piliers ; Svenja, quinze ans, élève modèle et jeune fille (trop) sage, va elle faire le chemin inverse, par ennui, curiosité et rébellion contre une père trop sévère…

Dans son compte-rendu du film, Zéro de conduitesouligne que

«le plus terrifiant n’est pas la violence des jeunes néo-nazis : c’est plutôt l’indifférence et la mansuétude de la société à leur égard, et la banalisation de leurs “idées” (racisme et antisémitisme, haine de la démocratie). Loin d’être des exclus ou des marginaux, Marisa et ses amis travaillent, vivent chez leurs parents…»

Pour remettre le film dans son contexte, le site pédagogique, réalisé par Zéro de conduite, propose une interview avec l’historien Patrick Moreau(spécialiste de l’extrême-droite dans les pays de l’Est), qui permet de remettre le film dans son contexte. A ce titre, Patrick Moreau indique que

«Le néonazisme pose un réel problème en Allemagne, il divise le pays en deux grandes zones. A l’ouest, les groupes d’extrême droite sont présents mais faiblement organisés alors qu’à l’est, ils sont très actifs et réunissent la majorité des 25 000 militants. A l’image de la cellule terroriste Clandestinité nationale-socialiste (Nationalsozialistischer Untergrund, NSU), près de 10 000 activistes pratiquent la violence ouvertement. Ils sont de plus en plus jeunes et les femmes sont plus nombreuses et violentes.»

Principalement implanté dans l’ex-RDA, les raisons du succès des néo-nazis ne reposent pas uniquement par les problèmes économiques, mais par le processus même de réunification

«La réunification a précédé la disparition de la quasi totalité du tissu industriel. Le chômage s’est accru considérablement, provoquant une forte désorientation intellectuelle et collective face à l’arrivée de valeurs nouvelles et inconnues. Les Allemands de l’est ne se sentent pas représentés par un parti politique à l’exception des néo-communistes. Ainsi, ceux qui sont en mal de protestation, les jeunes en particulier, recherchent un parti exutoire. Et le seul parti présent sur le marché, c’est celui qui représente les néonazis. Tous les autres partis sont perçus comme des partis de l’étranger, des partis de l’ouest.»

Au niveau européen, Patrick Moreau considère que «nous n’assistons pas à une progression du néonazisme en Europe, mais à une radicalisation inquiétante des sociétés européennes, une adhésion forte à des thèmes anti-islamiques.»

Source : Guerrière : les amazones du néo-nazisme.

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