Aujourd’hui 16 janvier, le procès de 17 anciens dirigeants de Swissair s’ouvre à Bülach, dans le canton de Zurich. C’est le procès de tout l’établishment de la classe/caste politico-financière suisse. Il ne manque que l’ancien conseiller fédéral Kaspar Villiger pour que le tableau de chasse soit complet.
Pour Fabio Lo Verso, dans son éditorial du journal Le Courrier (15.01.2006) :
Ces années-là, on reconnaissait les anciens maîtres de l’Helvétie dans le triple rôle des colonels, membres des conseils d’administration et des partis de droite.

© Erling Mandelmann (1975)
Il me revient alors en mémoire la chanson de Jean Villard Gilles (1895-1982) – Nos colonels (1958) :
Chaque pays a ses élites
Dont il est fier évidemment
Penseurs et docteurs émérites
Grands créateurs et grands savants
Ces gens-là illustrent l’histoire
Ils sont parfois universels
Pour nous les Suisses notre gloire
Disons-le c’est nos colonels
En ce temps-là, nos managers ne sortaient pas de Harvard ou de la London Economics Schools, mais de l’école d’off. Et ils suivaient des cours organisés exprès pour eux par l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich. Leurs galons étaient qui leur bachelor, qui leur masters et leurs bureaux à longueur d’années étaient plein de leur absence pour des combats sans dangers :
Comme nous côtoyons les guerres
Mais sans jamais tomber dedans
Nos colonels pour se distraire
Font la petite en attendant
Faut les voir aux grandes manoeuvres
Jongler avec les bataillons
Quand la machine est à pied d’oeuvre
Comme ils font valser les millions
Bien loin du portrait du parfait vaudois et plus proche du Pierre-Yves Maillard d’aujourd’hui, Jean Villard Gilles savait exercer son talent dans la critique sociale au point qu’une de ses chansons interprétée avec son compère Julien (Gilles et Julien) devint l’hymne du Front Populaire :
Mais entendez-vous monter
Du fond du grand silence
Cet appel la riguedondé !
De tous les déshérités ?
Assez de souffrances !
Mur d’argent, obscénité
Ombre sur la France
On te refera sauter
Un jour patiente !
Liberté, Egalité
Ces grands noms qui t’offensent
Redeviendront vérité
La rigue la riguedondé
Alors au soleil d’été
O, verra la France
Qu’elle est belle la riguedondé
Saluant l’Humanité
Marchant en cadence
A ses grands yeux « étoilés
Le ciel se fiance
Elle est comme un beau voilier
Sur la mer qui danse
Terre de la liberté
Alors pour ta défense
Tous voteront sans hésiter
La rigue la riguedondé
(La Belle France 1936)
Déjà le Dieu Dollar se confondait avec le Veau d’or et nous emmenait au pied du gouffre:
Mais sous un ciel de cendre vous verrez un soir
Le dieu Dollar descendre du haut d’son perchoir
Et devant leurs machines sans comprendre encore
L’homme crever de famine sous des montagnes d’or
(Dollar 1932)
Certainement à méditer alors que ce même Courrier nous apprenait hier (lundi 16 janvier) que la place financière suisse occupait le premier rang mondial dans la gestion de fortune privée avec une part de marché de 28%. Elle devançait les Caraïbes et le Luxembourg qui suivaient chacun avec 15%. Cette manne ne profite pas qu’aux banques suisses puisque les banques étrangères ont, en dix ans, doublé leurs investissements en Suisse qui culminent aujourd’hui à 29 milliards de francs. Johnny Halliday est définitivement un amateur !
PS : j’ai trouvé deux orthographes de Gilles. Sans pouvoir en l’état trancher. Parfois Jean-Villars et d’autres Jean-Villard.
Mise à jour (24.01.2006) : suite au commentaire de S. Freymond, c’est donc Villard avec « d » et sans trait d’union. Merci.
Pour l’orthographe, c’est Jean VillarD (sans trait d’union, vu que Villard est un nom de famille).
J’ai « contrôlé » ce week-end dans l’ouvrage « le siècle de Gilles » d’Alex Décotte qui s’est trouvé sous mes yeux (il y a une photographie d’un livret de famille).
Ce qui est curieux, c’est que la TSR ne le sache visiblement pas…
Eh bien : M.E.R.C.I. tout simplement 😉
Il me semble plutôt que l’on écrit Jean Villard-Gilles, car il s’agit du regretté Jean Villard dit Gilles. L’élision du dit est marquée par la divise. Gilles n’est pas un nom de famille mais son nom d’artiste, et Jean Villard n’est pas un prénom composé (qui prendrait la divise) mais bien son prénom et son nom (avec un D, oui).
😉 et voilà un débat orthographique qui rebondit avec ce dernier commentaire d’Anne Dominique qu’il me plaît de retrouver. J’espère que ta petite famille va bien.
Les références de Zozieau ont l’air cependant sérieuse…
Georges BORNES
Je suis un écrivain français et recherche les listes de pax de SWISSAIR pour l’année 1949.
Avez-vous une idée sur le moyen d’obtenir un résultat?
Merci d’avance.
Bornes