Source : http://infos.actusite.fr/
Après l’affaire des fonds juifs qui a secoué la Suisse dans les années 1990, assistera-t-on à un scénario comparable relativement aux questions fiscales? En tout cas, Arnaud de Montebourg, dans un podcast accordé au site betapolitique.fr («Du bon usage politique de l’incivisme de Johnny Hallyday»), s’inspire, dans sa démarche, de celle mise en oeuvre par les associations juives pour faire plier les banques suisses. Ainsi indique-t-il également dans cet interview que « la Suisse ne comprend que le rapport de force » et que
«Il a fallu une pression internationale conjuguée, continue pour que les banques suisses acceptent finalement des indemnités 40 fois supérieures à celles que qu’elles avaient fini par proposer.»
Ce parallèle est intéressant à plusieurs points de vue. En premier lieu, parce que si cette question doit prendre de l’ampleur au-delà du contexte médiatico-politique de la présidentielle française, l’attitude de la Suisse en ce début de polémique est identique à celle de l’affaire des fonds juifs : incompréhension, cris outragés de vierge effarouchée, replis sur soi, déni. Pour devoir ensuite admettre et faire amende (à bon marché il est vrai) honorable.
« Les Suisses ont plutôt réagi en adressant les noms d’oiseau. Plutôt qu’en mesurant à quel point le préjudice qu’ils font subir à toute l’Europe est considérable. » (A. de Montebourg)
Et il vaudrait mieux admettre qu’effectivement préjudice il y a. Pas seulement en rapport avec les rabais fiscaux accordés largement à de riches étrangers, mais aussi sous l’angle d’une Suisse complice, voire maître d’oeuvre, d’une évasion fiscale organisée. Le journal de Le Courrier consacre d’ailleurs deux pages fort instructives dans son édition de samedi 13 janvier 2006. D’autant plus instructive que ces articles sont en ligne, j’en signale plus particulièrement deux:
– Encouragement à l’évasion fiscale
– «Le problème ce n’est pas Johnny mais Procter&Gamble»
© Infrarouge (TSR)
Par ailleurs, se réjouir du soutien du Luxembourg dans la polémique qui nous occupe est largement inquiétant, car le Luxembourg est l’autre pays qui en Europe profite le plus de l’argent issu de l’évasion fiscale ou d’origines douteuses. C’est ainsi que la Suisse et le Luxembourg sont particulièrement dans le viseur de ceux qui enquêtent relativement à l’affaire Clearstream.
Clearstream? C’est l’affaire qui a valu à Arnaud de Montebourg de s’intéresser plus particulièrement aux paradis fiscaux et donc à la Suisse via une commission parlementaire française de la fin des années 1990 et jusqu’en 2002: »(RAPPORT D’INFORMATION déposé en application de l’article 145 du Règlement PAR LA MISSION D’INFORMATION COMMUNE sur les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe) »:. Au-delà de certains outrages verbaux, Arnaud de Montebourg y a acquis une connaissance fine des mécanismes à l’oeuvre au niveau financier international :
Emmenée par Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, la Mission parlementaire sur le blanchiment enquête à la suite de la publication de Révélation$. Où en est restée l’investigation?
Dès que la gauche a perdu la majorité, en 2002, l’enquête a cessé. Leur travail était bon, ils se sont rendus dans la plupart des paradis fiscaux, dont la Suisse. Mais ce n’était qu’une mission d’information, sans pouvoir coercitif. C’est pour cela qu’André Lussi, l’ex-PDG de Clearstream, n’a pas été tenu de s’y présenter. Cela dit, il ne faut pas croire que toute la gauche lutte contre l’argent sale. Hubert Védrine, alors ministre des Affaires étrangères, s’était opposé à cette mission parlementaire. Et comme je l’ai dit, la gauche ne se comporte pas mieux que la droite dans ce genre d’affaire.
[La justice, grande absente du débat électoral français – Le Courrier – 10 janvier 2006]
© Disney
Ainsi, si l’affaire Johnny est un épiphénomène relativement marginal quoique parfaitement scandaleux des largesses dont certains bénéficient contrairement à la majorité laborieuse de France comme de Suisse, la croisade d’Arnaud de Montebourg mérite respect et même soutien. En Suisse comme ailleurs.
Autres articles du Courrier sur l’affaire Clearstream (et la Suisse) :
– Eclats au royaume du silence (23 mai 2001)
– L’affaire de la «boîte noire» Clearstream rebondit à Genève (12 février 2004)
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Très intéressant votre approche. Cela développe ce que je pensais: la Suisse ne comprend pas en quoi elle risque gros à ne rie vouloir admettre. On se plaint de la France qui s’occupe de se qui ne la regarde pas, on affirme que les lois sont de notre côté. Mais ce n’est pas le débat. Comme vous le dites, il y a un problème et la France a de bonnes raisons de se plaindre de la fiscalité suisse.
Je trouve assez cocasse l’attitude d’une partie de la Suisse: « Nous décidons de ce que nous voulons ». Alors si on est si grand que cela, pourquoi avoir peur d’un blocus, menace première de Montebourg? C’est que nous ne sommes ni isolé ni en position de force. Pas facile d’avoir besoin des autres mais vouloir s’en débarrasser tout en négociant.
Bonjour
Merci de nous avoir cité dans vos colonnes.
Nous ne serions pas contre le fait de transformer l’adresse de notre site que vous indiquez en tête de l’article, en lien hypertexte vers http://infos.actusite.fr .
Merci et excellente journée
Guillaume ROVERE
Actusite Group
@ Guillaume Rovere : de rien, la correction a été effectuée.