Ce jeudi en fin de journée, à l’occasion de son 10e anniversaire, l’ORPC Riviera [Offfice Régional de Protection Civile du District de Vevey] réunissait une belle brochette de personnalités politiques régionales et cantonales ainsi que les principaux acteurs de la sécurité civile (Protection civile, Samaritains, Pompiers, Policiers, Sauvatage, …) actifs sur le canton de Vaud.
Pour ma part, c’était ma deuxième participation à ce rendez-vous annuel. En 2007, j’endossais mon habit de président du Conseil communal boéland. En 2008, j’y participais dans mes nouveaux habits de municipal en charge du dicastère de la Sécurité. Lors de ces deux occasions, je me dois de souligner la qualité exceptionnelle de l’organisation et les propos toujours empreints de sérieux, émouvants lorsqu’il s’agit de rendre hommage aux personnes quittant l’organisation et pimentés d’une pointe d’humour bienvenue de Pierre-Alain Masson, responsable oh combien précieux de notre organisation régionale. Encore une fois, merci, Pierre-Alain.
Dans le contexte actuel d’une nouvelle réforme de l’organisation et des structures de la Protection civile de ce canton, les interventions des trois orateurs prenaient une coloration toute particulière. En tout cas pour les initiés du dossier puisque les propos de chacun d’entre eux étaient plus ou moins codés. Décodage.
Depuis le début des années nonante (quatre-vingt-dix), la Protection civile a connu une succession de réformes touchant une institution alors fort décriée et peu efficace sur le terrain. Le travail a consisté dans un premier temps à faire le ménage dans des effectifs pléthoriques. L’opération a été conduite en trois temps et, concernant le district de Vevey, les effectifs sont passés d’environ 6’000 hommes et femmes à un peu plus de 700. Dans un deuxième temps, l’action a porté sur le regroupement des forces dans des entités plus larges, capables d’assurer véritablement et efficacement les missions dévolues aux corps de protection civile. C’est ainsi qu’est née l’ORPC Riviera en 1998. La redéfinition des risques et des missions des organisation de protection civile forme le troisième élément de cette évolution. Enfin, un effort particulier a été fourni par le canton dans le domaine des moyens mis à dispositions (véhicule, équipements) pour que les ORPC puissent remplir leur mission.
Grâce au travail acharné et passionné de Pierre-Alain Masson et des ses hommes, l’ORPC Riviera est devenu au fil des années un partenaire reconnu et respecté dans son domaine. Les talents d’organisateur et de motivateur de Pierre-Alain ont fait merveille et, aujourd’hui, tant l’organisation que les troupes ont gagné le respect de tous les partenaires. L’ORPC Riviera joue pleinement son rôle tant dans le district qu’en renfort, voire plus, au niveau cantonal. Ainsi, en 2007, son travail et la qualité de ses prestations ont fait merveille tant au Meeting aérien de Bex que lors des inondations de la commune de Roche. Aujourd’hui l’image de la protection civile a favorablement évolué dans notre région comme dans d’autres. Certes, tout n’est pas parfait, mais la dynamique est auto-portante.
Cependant, si la situation peut être qualifiée de bonne, voire d’excellente, dans notre région, telle n’est pas forcément le cas dans toutes les 20 autres régions du canton. De plus, à l’heure du nouveau découpage des districts et de leurs réductions, une réflexion sur la taille critique de ces entités a paru souhaitable. A ces deux éléments, il faut encore y ajouter l’établissement d’une nouvelle carte des risques du canton et donc éventuellement une nouvelle redéfinition des missions de la Protection civile. C’est ainsi qu’une nouvelle réforme a été initiée sous l’acronyme de « AGILE« .
Dans l’esprit de son chef de projet, le Chef du Service de sécurité civile et militaire, le très particulier Denis Froidevaux, déjà en charge du projet cafouillé de Police 2000, big is beautiful et, après une première étape de réduction des régions de 21 à 10, le processus de regroupement pourrait aller beaucoup plus loin. C’est ainsi que dans certains projets, l’ORPC Riviera se verrait remplacer par une région mammouth comprenant le district de la Riviera-Pays-d’Enhaut et ceux d’Aigle et de Lavaux-Oron. Une telle extrémité rendrait le rôle de contrôle des communes tout simplement impossible puisqu’aux treize communes du district de la Riviera-Pays-d’Enhaut s’ajouteraient les quinze du district d’Aigle et les trente-trois de celui de Lavaux-Oron! A cet aulne, il est clair alors qu’il vaudrait mieux pousser cette logique jusqu’au bout et cantonaliser intégralement la Protection civile. Les communes seraient ainsi déchargées d’un rôle impossible à tenir.
Oui, mais… La protection civile s’est aussi des miliciens qui cherchent d’abord à s’impliquer près de chez eux, qui ont besoin de ressentir l’appui des autorités et de la population locale… tout en étant prêt, comme Roche l’a bien montré, à venir en aide à son voisin en cas de besoin.
Oui, mais… C’est aussi une population qui a besoin de repères, d’être en phase avec les divers partenaires que sont tant la protection civile, que les pompiers ou la police de proximité. Cette population souhaite aussi pouvoir interpeller ses autorités locales en cas de problèmes ou de dysfonctionnements. Elle a besoin de créer du lien et un sentiment d’appartenance. Autrement elle devient insécure et l’insécurité subjective ne fait qu’augmenter lorsque les centres de décisions et de pouvoir s’éloignent du lieu de l’événement et du délit. Elle a besoin d’une empathie de proximité.
Oui, mais… Penser global et agir local ne doit pas devenir qu’un simple slogan de cantine. Il doit être le premier élément d’une fondation commune, d’un réel partenariat entre le canton et les communes/districts. On ne résoudra pas les problèmes réels de telle ou telle région en les diluant dans un ensemble plus vaste, car non seulement les problèmes de cette ancienne région ne seront pas résolus d’un coup de baguette magique, mais ils contamineront à terme l’ensemble. Ne pas en tenir compte, c’est crier au feu les allumettes dans une main et le jerricane d’essence ouvert dans l’autre.
La réforme des corps de sapeur-pompiers, menée par l’ECA (et donc une institution cantonale), a déjà prouvé que l’organisation territoriale est en mesure de composer avec des corps aux compétences particulières différentes. Cela est devenu même sa force avec des corps de pompiers, prêts pour des interventions de base et d’autres auxquels sont confiés des missions particulières parce qu’ils disposent des moyens, de la taille critique et des gens formés nécessaires (la désincarcération dans les véhicules par exemple). De plus, à l’exemple de notre région, des formations communes sont organisées entre différents corps de sapeur-pompiers. Ces dernières renforcent ainsi la cohésion d’ensemble et l’aptitude à collaborer lors d’événements nécessitant l’intervention de plusieurs corps de pompiers. Système de milice comparable, doté d’une forte identification à son biotope local, mais ouvert et solidaire vers l’extérieur, le maillage de nos corps de sapeurs-pompiers devrait être une source d’inspiration pour le projet AGILE. C’est tout le mal que je souhaite à ce projet.
Salut Lyonel,
Juste un bravo pour ton excellent décodage et mes remerciements pour tes propos.
Bien à toi
Pam