La Tour-de-Peilz : Deux plaquettes en mémoire de Marguerite Burnat-Provins

Le samedi 7 septembre dernier, journée du patrimoine, deux plaquettes commémoratives en mémoire de Marguerite Burnat-Provins, peintre, écrivain et fondatrice du Heimatschutz, ont été inaugurées au 39 et 41 de l’Avenue de Sully à La Tour-de-Peilz. Cette initiative est due en premier lieu à l’intérêt des deux propriétaires concernant la personne et l’oeuvre de l’artiste et, en second lieu, à l’Association des Amis de Marguerite Burnat-Provins et à la commune de La Tour-de-Peilz. Le discours prononcé à cette occasion vous permettra de (mieux) faire connaissance avec l’artiste.

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La plaque déposée au no 41 de l’Avenue de Sully à La Tour-de-Peilz

Madame, Monsieur,
Chers invités,
La manifestation de ce jour n’aurait pas eu lieu sans l’intérêt porté par deux familles à l’oeuvre et la mémoire de Marguerite Burnat-Provins. Je remercie donc plus particulièremement Mme et M. Schaermans de Jonge et Mme et M. Andreotti pour avoir été à l’origine de ce projet.
La Municipalité de La Tour-de-Peilz ne peut que se réjouir de cet intérêt, voire de cet enthousiasme, porté à l’égard d’une artiste et d’une femme aux talents et aux intérêts multiples et ayant vécu quelques riches années à La Tour-de-Peilz. Relativement à sa présence dans notre ville, Catherine Dubois et Pascal Ruedin, auteurs d’une biographie de l’artiste, nous apprennent que Marguerite, née en France dans le Pas-de-Calais, et son mari Adolphe, architecte veveysan, s’y installent en 1901. La maison porte alors le numéro 21 et Marguerite la baptise, «la Gayole», c’est-à-dire la cage en patois arlésien. Dans le jardin, c’est son architecte de mari qui lui construit son atelier inspiré d’un raccard valaisan. En visite dans son atelier, la Feuille d’Avis de Vevey le décrit

«A quelque pas d’un bouquet de sapins se dresse une gaie et pittoresque construction en bois de mélèze, aux tons clairs et réjouis. C’est l’atelier de peinture de Mme Marguerite Burnat-Provins. Dans cet atelier en forme de mazot valaisan, mais de mazot cossu, pimpant et coquet, trois artistes ont réuni une collection de leurs oeuvres.»

Parallèlement à l’exercice de son art, Marguerite Burnat-Provins est connue pour son appel et la création de l’Heimatschutz ou Ligue pour la conservation de la Suisse pittoresque, connue actuellement sous la dénomination de «Patrimoine suisse». Il se trouve qu’aujourd’hui la section vaudoise de Patrimoine suisse a son siège au domaine boéland de «La Doges».

La plaque déposée au numéro 39
La plaque déposée au numéro 39

Cependant, Marguerite Burnat-Provins est une personnalité plus complexe que son combat contre la modernité pourrait laisser accroître. Témoin et acteur de son époque, elle en illustre également les paradoxes. Celle d’une Suisse industrielle et conquérante partant à l’assaut des Alpes et recomposant son passé et ses mythes. Confiante dans le progrès et l’avenir, cette Suisse développe notamment une redoutable industrie touristique mêlant paysages (montagnes, lacs, prairies ou château de Chillon) et fastes de la modernité (Grands Hôtels, éclairage électrique, chemins de fer de montagne). Les affiches promotionnelles de cette époque en attestent et les attractions touristiques construites autour du chemin de fer de la Jungfrau en sont, aujourd’hui encore, un des fleurons.
Cette modernité inquiète une partie de l’élite bourgeoise et le Heimatschutz traduit cette inquiétude. Son premier combat victorieux sera mené contre la construction d’un funiculaire au Cervin. Un de ses opposants écrit à ce propos :

«Nous voulons que la haute montagne reste libre et pure parce que le culte de la montagne est à la base de notre histoire, de notre indépendance et de notre vie morale…».

Indéniablement réactionnaire dans sa vision de la société au travers d’une grande partie de sa peinture et de ses écrits, Marguerite Burnat-Provins y déroge et y échappe néanmoins en faisant des incursions dans cette modernité. C’est notamment le cas pour sa série de peintures issues de ses hallucinations et nommée «Ma Ville» dont une partie est intégrée au Musée de l’Art brut à Lausanne. Femme libre avant l’heure et donc scandaleuse, elle défie également la vertu et la morale en trompant publiquement son mari et en publiant «Le Livre pour toi», composé d’une centaine de poèmes dédiés à son amant, sa beauté et le plaisir qu’il lui procure. Aujourd’hui encore, ses poèmes gardent toute leur force érotique. C’est tout dire.
Merci donc à Mmes et MM Schuermans de Jonge et Andreotti pour ce coup de projecteur non seulement sur cette artiste et cette femme, mais à travers elle sur une riche et passionnante période de notre histoire.

Lyonel Kaufmann
Syndic

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