Ces dernières semaines, la SA Compost Riviera Chablais fait régulièrement la une de 24Heures ou du Nouvelliste.
Ainsi le 1er mars, son directeur passait aux aveux, était arrêté, puis licencié après avoir puisé 150 000 francs dans la caisse.
Puis la semaine dernière, devant l’état catastrophique de la situation financière et sécuritaire de la compostière, les représentants de 26 communes et des deux cantons actionnaires, décidaient de fermer la compostière pour des «questions de sécurité liées à l’état des installations.» (24Heures du 28 mars 2007).
Neuf années successives de déficit et un dernier exercice culminant avec un déficit de 1,265 millions soit plus de la moitié du capital, des installations techniques qui n’ont jamais fonctionné à satisfaction, les désagréments portés au voisinnage par les odeurs émises ainsi que les derniers avatars de sa direction brosse le portrait d’un canard boiteux au goût de remake made in Abattoirs de Clarens bis. En effet, pour le Nouvelliste (repris dans Le Courrier du 30 mars), ce «fiasco pourrait bien être le nouveau scandale politico-financier de la région» et, selon toute vraissemblance, «une commission d’enquête sera mise sur pied pour déterminer les causes et les responsabilités de cette débâcle».
Un rapport envoyé aux collectivités locales dresse un état accablant au-delà de la seule question du directeur et de sa gestion. Ainsi, ce rapport souligne que la «manière dont le site a été géré relève du plus pur amateurisme, mais surtout un laisser-aller inquiétant et dangereux en terme de sécurité. Aucun entretien n’a été effectué depuis longtemps sur les machines et les immeubles.» (Le Nouvelliste, repris par Le Courrier, 30 mars 2007). Certains exemples laissent pantois :
«Chemins de câbles électriques arrachés, fils apparents, machines non entretenues, canalisations pas nettoyées, serrures arrachées, conduites d’eau qui fuient, burreaux, halles et locaux communs pas nettoyés depuis deux ans.»
De plus, aucun collaborateur ne serait formé pour le suivi de la fabrication du compost !
L’avenir devrait conduire à la vente des actifs et à leur reprise par une société zurichoise Compogaz qui, nous dit-on, exploite avec succès une usine en tous points similaires à Aarberg. La facture restera néanmoins salée pour les collectivités publiques puisqu’elles devront, et ce serait encore un moindre mal, rembourser pour 6 millions de subsides étatiques.
Malheureusement pour le conseiller communal que je suis, cette situation ne me surprend nullement. En effet, en tant que membre de la commission de gestion de la commune de La Tour-de-Peilz lors de la législature passée, mon attention, ainsi que celles des autres membres de la commission, avait déjà été attirée dès l’examen de l’exercice 2001 sur de curieux éléments se rapportant à la compostière de Villeneuve.
En effet, à cette époque, le site de Villeneuve était exploité par une société privée qui possédait également une installation au-dessus de Lutry. En 2001, les coûts avaient explosés de 38% en comparaison avec les chiffres de l’exercice 2000 et d’importants volumes étaient réacheminés de Villeneuve vers Lutry, occasionnant par là-même des frais supplémentaires. L’opération était rentable pour l’exploitant puisque les frais de transport tant des communes vers Compost Riviera SA que ceux de Compost Riviera à la compostière de Lutry étaient à charge des communes ou de Compost Riviera SA (dont le déficit d’exploitation était pris en charge par les collectivités locales). Par contre, la vente finale du compostage de Lutry lui était tout bénéfice. C’était à tel point intéressant que, si j’ai bien suivi, cet exploitant serait également sur les rangs pour reprendre aujourd’hui la gestion de l’exploitation.
Dans son rapport, notre commission de gestion formulait alors un voeu et les deux questions suivantes :
«La commission souhaite avoir une clarification des rapports entre la société Compost Riviera SA et la Commune de La Tour-de-Peilz. Elle s’inquiète de l’évolution des coût et du plan d’investissement.
Comment la Muncipalité explique-t-elle la différence de prix entre le centre de «La Coulette» et ceux de Compost Riviera SA?
Quelle est l’importance des volumes réacheminés de Compost Riviera SA à «La Coulette» ? (Rapport de la commission de gestion de la commune de La Tour-de-Peilz pour l’exercice 2001, 6 juin 2002, p. 14)
La municipalité répondait ensuite à la commission de gestion et au Conseil que notre voeux et nos questions étaient transmis à Compost Riviera SA comme étant de sa compétence.
A la fin de cette même année 2002, Compost Riviera SA revenait sur le devant de notre conseil. En effet, la société venait devant les communes partenaires pour solliciter un cautionnement d’un emprunt nécessaire aux travaux d’agrandissement de la société. La fuite en avant continuait donc de plus belle. Officiellement, les travaux envisagés devaient «éliminer les sources principales des nuisances olfactives et améliorer les rendements de l’installation» (rapport du préavis no 28/2002, p. 2).
Plusieurs membres de la commission de gestion, dont votre serviteur, firent alors partie de cette commission ad-hoc qui dû siéger trois fois avant de pouvoir rendre son rapport. La première séance eut lieu sur place et la visite des installations ne rassura guère les commissaires présents. Cependant, lors de cette séance, en l’absence du président de Compost Riviera SA, aucune question financière ne put être posée. Deux autres séances furent alors nécessaires avant d’obtenir quelques informations de cet ordre.
Dans le rapport de la commission, le président-rapporteur relevait le malaise des membres de la commission devant une impression d’amateurisme de la part des dirigeants, la gestion des aspects techniques et celle de la société.
Pour sa part, avant de se prononcer, la commission des finances avait demandé un budget prévisionnel sur 3 à 5 ans «afin d’analyser les capacités financières de la société à faire face au remboursement de la dette et à la couverture des charges du service de celle-ci.» La réponse du Conseil d’administration fut des plus lacunaires. Seul le budget pour l’année 2003 fut transmis et Compost Riviera SA ajoutait encore : «Il n’est pas raisonnable de présenter des budgets prévisionnels pour 5 ans lorsqu’on entreprend des travaux de transformations aussi importants.» (rapport du préavis no 28/2002, p. 3). La commission des finances prévisa donc négativement estimant que dans une telle situation cautionner l’emprunt «consisterait vraisemblablement à verser ce montant à fonds perdus dans un projet dont la viabilité n’est pas démontrée à ce jour.» (rapport du préavis no 28/2002, p. 4)
De son côté, la commission ad-hoc prévisait également pour le refus de la demande de cautionnement de la part de notre commune par 6 voix contre 2 et 1 abstention. La commission demandait également au municipal délégué de notre commune auprès de l’exécutif de Compost Riviera SA de «veiller dans le cadre de son mandat à faire établir un cahier des charges précis pour l’exploitation des installations, sur la base d’une analyse objective des possibilités de rentabilisation des divers produits obtenus et du marché potentiel.» (rapport du préavis no 28/2002, p. 3)
C’est le mercredi 5 février 2003 que le préavis no 28/2002 de demande de cautionnement des travaux d’agrandissement de Compost Riviera SA passa devant notre conseil pour le vote final. A cette date, toutes les autres communes avaient accepté le cautionnement. Dès lors, Alain Matthey, syndic, vint le défendre en vain en ces termes :
«Actuellement toutes les communes ont donné leur accord au cautionnement demandé. La Tour-de-Peilz doit-elle vraiment se démarquer une fois de plus dans le district? Les conseillers communaux des autres communes, en particulier celles qui sont directement concernées sur le plan olfactif, sont-ils aveugles? Les conseillers de la Tour-de-Peilz sont-ils seuls capables de discernement? Le District de Vevey est pourtant reconnu dans le Canton et au-delà comme un exemple de régionalisation dans bien des domaines […]» (Procès-verbal No 9 de la séance du Conseil communal de La Tour-de-Peilz, tenue le mercredi 5 févier 2003 à la Maison Hugonin, p.108)
Aujourd’hui, il est loisible à chacun d’apporter les réponses qu’il convient aux réponses de notre ancien syndic. Ce jour-là, le Conseil communal de La Tour-de-Peilz refusait à l’unanimité, moins un avis contraire et deux abstentions le cautionnement des travaux complémentaires des installations de Compost Riviera SA. Il souhaitait de la sorte tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. Je laisserai le mot de la fin à Jacques Vallotton, conseiller communal, qui prononça ces paroles prémonitoires :
«Si le cautionnement est accepté, il est certain que d’ici quelques mois ou quelques années une nouvelle demande de crédit reviendra, ce qui fera une énorme affaire financière, ridicule et vraiment digne de l’amateurisme le plus total.» (Procès-verbal No 9 de la séance du Conseil communal de La Tour-de-Peilz, tenue le mercredi 5 févier 2003 à la Maison Hugonin, p.111)
Votre historique est effectivement édifiant. Il pose la question de la compétence de nos élus et de la capacité du politique à gérer une entreprise, quelle qu’elle soit. L’abattoir de Clarens en est aussi une cuisant exemple.
Combien de temps faudra-t-il encore pour corriger ces dysfonctionnements qui, si rien n’est fait, se répèteront ad eternam ?
Quels sont les outils à mettre en place pour permettre de poser des jalons de contrôles nécessaires ?
Quel rôle concret (et bloquant ?) doivent jouer les commissions de gestion des communes concernées?
Autant de questions sans réponse, pour l’instant, mais ne désespérons pas … il faudra bien que réaction il y ait.
Elle ne peut venir que par le plus grand nombre, c’est à dire par des dépôts d’interpellations, ou mieux, de motions dans tous les conseils communaux (en tout cas de la Riviera) contraignantes pour les exécutifs et les obligeant à assumer leur(s) responsabilité(s) dans ces dossiers « explosifs ». Ce n’est qu’un maigre proposition mais sans coordination intercommunale, la solution sera difficile à trouver, voire impossible.
Conseillers communaux (de droite comme de gauche), mobilisez-vous !
Ce qui est navrant dans cette affaire, c’est que la débâcle de la compostière avait été pressentie déjà en 2003, voire auparavant. C’est encore plus affligeant de constater qu’après les nombreuses mises en garde de conseillers communaux dont ceux quasi à l’unanimité de La Tour-de-Peilz, rien n’a été entrepris pour éviter la chute programmée vers un désastre technique et financier.
Dans cette affaire, il ne s’agit pas de lancer la pierre tellement aux politiciens qu’aux institutions en place. C’est un fait: elles ne permettent plus en l’état actuel de gérer à satisfaction les projets et entreprises à caractère régional.
Le fiasco de la compostière est un nouveau signal pour que l’on repense sérieusement à repenser, à remodeler les institutions au niveau régional.
Cette réflexion est un des buts que poursuit la Conférence des Conseillers communaux de la Riviera.
En tant que citoyen électeur et ingénieur, je me demande comment il est possible d’assister à une gestion, à une analyse de la situation aussi navrante et peu compétante.
Car il ne me semble qu’avant d’être des politiciens, nos élus sont des professionnels dans leurs branches respectives, souvent gestionnaires de projets ou entrepreneurs. Font ils preuve d’autant d’incompétences dans leurs affaires? J’en doute.
De là à dire qu’ils ne font pas preuve de la même prudence avec l’argent publique qu’avec le leur, ou que pire, ils en profitent, il y a un pas que l’habitant de la région que je suis, avec cette nouvelle affaire, n’hésite plus vraiment à franchir.
[Note du responsable du site : je me suis permis de supprimer la phrase présente ici dans la mesure où elle pouvait comporter des propos de nature diffamatoire. Le cas échéant, ce sont le traitement des plaintes pénales qui permettront de déterminer si des agissements criminels peuvent être imputés à l’un ou l’autre des acteurs dans le dossier des Abattoirs de Clarens. La présomption d’innocence s’applique et cela est bien ainsi.
Pour la phrase précédente, je laisse évidemment la responsabilité de ses propos à son auteur.]
Et je suis sûr que nous retrouvons les mêmes personnes en charge de ce dossier de compost que ceux qui se trouvait en charge des abattoirs.
Je serais bien intéressé de pouvoir mettre des noms en parallèles. Un journaliste aura-t-il le courage de faire ce parallèle?
Je suis bien conscient que mes propos peuvent paraître diffamatoires, c’est pourquoi je me suis gardé de citer des noms.
Mais ma réflexion est à mon avis tout à fait légitime.
Car même si le directeur à reconnu avoir puiser dans la caisse, un montant non négligeable, il n’est pas de nature à ruiner à lui seul l’entreprise.
Il est bien clair que j’attends les résultats de l’enquête.
Mais il faut dors et déjà que les électeurs de la région fasse un grand tri dans la clique qui, sans vergogne, profite de lui.
Car de l’avis d’un professionnel, il n’y a pas de raison d’assister à un tel paquet de négligences et d’amateurismes de la part de personnes qui sont sensés savoir gérer des projets.
C’est d’autant moins excusables que les dérives ont été reprérées et signalées.
C’est proprement scandaleux! Et cela fait beaucoup pour notre région en peu de temps.
Personnellement, je ne souscris pas à l’idée d’une clique qui profiterait des électeurs. Jusqu’à présent, notamment, l’enquête relativement aux Abattoirs n’a pas mis en évidence que l’un ou l’autre des municipaux et syndics auraient profité du projet des Abattoirs pour en retirer des avantages personnels. Rien non plus ne va dans ce sens concernant la Compostière, hormis le cas particuliers du directeur et ex-municipal.
Concernant la Compostière, j’ajouterai que selon mes informations, il s’agit d’un projet qui dès son lancement en 1995 a suscité des réserves sur des points qui jusqu’à ce jour n’ont jamais été (pu être) pleinement résolus. Ils sont au nombre de deux principalement :
– les problèmes liés à l’installation elle-même (projet pilote, qualité du compost produit, maîtrise des odeurs…)
– la viabilité de l’entreprise ou pour le moins la maîtrise raisonnable de ses coûts.
Ce projet paraît donc bancal depuis son origine . Cependant, il est curieux que les différents comités de direction de la Compostière se soient, les uns après les autres, visiblement entêtés avec cette compostière. D’autant qu’à première vue, il s’agit d’un secteur où les solutions de rechange existent via d’autres sociétés ou entreprises présentes dans ce domaine tant en Valais que dans le canton de Vaud.
D’autre part, je partage pleinement l’avis de Jacques Vallotton relativement au fait que ce sont les institutions mises en place qui aujourd’hui ne répondent plus aux nécessités du moment.
Notre région est celle du canton de Vaud qui a le plus développé durant ces vingt à trente dernières années les collaborations intercommunales. C’est réjouissant, mais il s’agit aujourd’hui de faire face à une crise de croissance et il nous faut refonder les outils du contrôle démocratique et opérationnel des différentes composantes de cette régionalisation.